
« Demeurer près de soi-même »
Le jeûne est une pratique très ancienne, utilisée pour des raisons à la fois spirituelles et thérapeutiques. En médecine traditionnelle indienne, l’ayurvéda, le jeûne est nommé upavasa, un terme sanskrit signifiant : « demeurer près de soi-même ». L’ayurvéda et la médecine moderne s’accordent pour attester que le jeûne est un outil puissant qui influence positivement notre état d’être.
Les avantages du jeûne sont remarquables : il est tout à fait gratuit (voire économique), tandis que son impact sur le métabolisme et la santé en général est impressionnant. En effet, le jeûne favorise la détoxication et la régénération de l’organisme, constituant aussi une occasion rêvée de tempérer nos dépendances alimentaires et nos mauvaises habitudes.
Lorsqu’il est adapté aux besoins de chaque personne, le jeûne est à la portée de la grande majorité d’entre nous, même si la difficulté de son application varie d’une personne à l’autre. Nous verrons plus loin certaines précautions et contre-indications qu’il convient néanmoins de respecter.
Voyons maintenant en quoi consiste le jeûne et quelles sont les options qui s’offrent à vous pour choisir le type de jeûne qui vous convient le mieux.
Qu’est-ce que le jeûne ?
De prime abord, cette pratique consiste à s’abstenir de consommer des calories pendant un temps donné. Après une période de 12 à 36 heures de jeûne, les réserves de glucose sont épuisées et l’organisme passe en état de cétose, lui permettant d’extraire des calories à partir des graisses ayant été transformées en corps cétoniques.
Ce phénomène métabolique favorise aussi l’autophagie, soit l’élimination des cellules endommagées ou toxiques. Ce mécanisme nettoie le milieu cellulaire, contribuant à la régénération et à la santé cellulaire.
Par ailleurs, l’organisme, privé de nourriture, économise l’énergie normalement consacrée à la digestion et peut ainsi se concentrer sur la réparation et le renouvellement des cellules. Le foie, allégé dans ses fonctions, peut quant à lui se concentrer davantage sur la détoxification du sang.
Lorsque l’on jeûne, on évite généralement de consommer tout aliment solide ou liquide. Néanmoins, on peut faire exception avec des infusions de plantes médicinales riches en minéraux, telles que l’avoine fleurie (Avena sativa) et l’ortie (Urtica dioica), ou qui favorisent une détoxication douce de l’organisme, telles que le trèfle rouge (Trifolium pratense) ou la bardane (Arctium lappa). Les plantes médicinales qui tonifient le foie et les reins sont aussi utiles : pissenlit (Taraxacum officinalis), aigremoine (Agrimonia eupatoria) et autres.
Le jeûne et ses bénéfices
De nombreux bénéfices sont associés à la pratique du jeûne, plusieurs ayant été validés par les études scientifiques modernes :
- La flore intestinale, privée de nourriture, se rééquilibre
- Favorise l’autophagie et la détoxication de l’organisme
- Stabilise la glycémie et réduit la sensation de faim à la suite du processus
- Contribue à éliminer les tissus adipeux superflus (affecte meda dhatu)
- La qualité de sommeil est améliorée, avec moins de réveils nocturnes
- L’esprit s’apaise et se clarifie, sa capacité de concentration est améliorée
- Les inflammations diminuent et, avec elles, les douleurs chroniques également
- Le jeûne peut contribuer à diminuer la pression sanguine
- Améliore les paramètres liés au diabète et aux maladies cardio-vasculaires
Puisque le jeûne entraîne une mobilisation des réserves de graisse pour générer de l’énergie, il peut favoriser une perte pondérale, mais il est essentiel d’enchaîner le jeûne avec des habitudes alimentaires et des activités physiques suffisantes pour éviter de reprendre aussitôt le poids perdu. Ne manquez pas de consulter les précautions recommandées ci-dessous pour utiliser le jeûne avec discernement.
Selon l’ayurvéda, cette pratique est l’une des meilleures façons d’éliminer les toxines métaboliques, ama. Le jeûne peut redémarrer le feu digestif (jatharagni) et c’est une occasion favorable à l’intériorité, une pratique appelée pratyahara en sanskrit, un terme souvent traduit par l’expression « retrait des sens », signifiant en fait littéralement « retrait de la nourriture ».
Précautions et contre-indications à respecter
Afin de bénéficier des vertus du jeûne sans causer de problèmes de santé par ailleurs, il est essentiel de suivre certaines précautions et de respecter certaines contre-indications. Notamment, un accompagnement médical est toujours recommandé pour les jeûnes de longue durée. De plus, ce type de cure est généralement contre-indiqué dans les cas suivants :
- Femmes enceintes ou allaitantes
- Jeunes enfants (moins de 12 à 15 ans, selon l’intensité du jeûne)
- Personnes âgées en état de faiblesse
- Personnes médicamentées (demander un avis médical)
- Personnes souffrant de troubles alimentaires (anorexie, boulimie et autres)
- Personnes émaciées, en état de sous-poids
- Personnes déshydratées et déminéralisées
- En cas de problèmes de croissance
- En cas de certaines maladies graves affectant le foie ou les reins
- En cas de diabète insulinodépendant (diabète type 1)
- En cas de problèmes cardiaques (infarctus récent, hypertension non contrôlée, arythmies sévères, insuffisance circulatoire cérébrale)
Par ailleurs, lors d’un jeûne, une « crise de guérison » peut survenir, alors que les toxines sont remises en circulation et que l’organisme tente de les éliminer, ce qui peut provoquer des maux de tête, des nausées et même parfois des vomissements. Une faiblesse générale et/ou une perte d’attention peut survenir lors d’un jeûne, alors que le taux de sucre diminue dans le sang. Le sommeil sera parfois aussi perturbé. Lors des jeûnes, mieux vaut réduire les activités en général.
Le jeûne, adapté selon les trois doshas
Selon l’ayurvéda, les trois doshas sont des principes inhérents à l’existence. Ils sont indissociables d’une approche ayurvédique personnalisée, afin d’adapter le jeûne selon la nature individuelle et les circonstances propres à chaque personne. Pour mieux comprendre les trois doshas, consultez également notre article sur la nature et l’état.
Vata : Les gunas (qualités) léger, sec et froid du jeûne peuvent affecter vata, le dosha le plus susceptible d’être déséquilibré par un jeûne. Pour accommoder vata, la durée du jeûne peut être réduite à 48h et les monodiètes sont généralement mieux indiquées que les jeûnes complets. Les infusions de gingembre, de fenouil ou d’eau chaude citronnée aideront également.
Pitta : Les personnes dont la nature est principalement pitta voient les effets du jeûne s’accomplir en peu de temps, en raison de leur métabolisme rapide (tikshna agni). Une durée de 60 à 72 heures de jeûne sera généralement optimale pour ces personnes. Les monodiètes de jus verts à base de concombre, de persil et de pomme-grenade, le kitchari ou le petit-lait leur conviennent.
Kapha : Les gunas (qualités) du jeûne apaisent les excès kapha, à l’exception de l’aspect froid (hima) du jeûne qui peut être compensé par des infusions chaudes, agrémentées de gingembre, de cardamome et/ou de cannelle. Les personnes dont la nature est dominée par kapha jeûnent plus facilement et bénéficient davantage des effets.
Les différents types de jeûnes en ayurvéda
L’ayurvéda distingue trois types majeurs de jeûnes, à savoir : quotidien, intermittent et prolongé. Précisons qu’en ayurvéda, le jeûne quotidien correspond à la notion de jeûne intermittent, telle que popularisée dans le domaine de la santé naturelle contemporaine. Ces concepts sont largement répandus et fréquemment véhiculés en ayurvéda. Ils sont documentés depuis des millénaires, figurant dans des textes tels que le Charaka Samhita :
« Lorsque le feu digestif (agni) ne trouve pas de nourriture à digérer, il consume les imperfections (doshas). Lorsque celles-ci sont éliminées, il s’attaque aux tissus de l’organisme (dhatus). Lorsque ceux-ci sont épuisés, il détruit la vie elle-même. »
– Charaka Samhita, Chikitsa Sthana, chapitre 15, sloka 44
Pour introduire progressivement un jeûne, on retire progressivement les viandes, les produits laitiers, les aliments très gras et les sucres raffinés de l’alimentation, au moins trois jours précédant la procédure. On cesse aussi de consommer les noix et l’on diminue les légumineuses un ou deux jours avant le début du jeûne.
Après la cure, on réintroduit peu à peu ces aliments, consommant d’abord des aliments et des repas aussi simples, légers et digestes que possible : pommes cuites, riz aux légumes, soupes et autres. On maintient cette recommandation au moins une journée ou deux, favorisant les fruits et les repas chauds, selon le type d’alimentation qui convient à chaque personne.
La pratique du jeûne quotidien en ayurvéda
Le jeûne quotidien est primordial pour assurer une bonne santé digestive et une détoxication naturelle efficace. À chaque jour, une pause au niveau des intrants est nécessaire pour éviter d’accumuler ama, les toxines métaboliques.
La technique du jeûne quotidien va de soi et elle est facile à réaliser : il suffit d’éviter toute alimentation solide ou calorique entre le repas du soir et celui du matin suivant, sur une période en allant de 12 à 18 heures par jour, selon le métabolisme de chaque personne. L’ayurvéda affirme que, pour la majorité des personnes, un jeûne quotidien de 14 heures est optimal.
Cette période diminue jusqu’à 12 heures pour les personnes avec une nature (prakriti) fortement dominée par les doshas vata et pitta, tandis qu’elle peut augmenter jusqu’à 18 heures, lorsque c’est plutôt kapha qui prédomine. Il est tout à fait adéquat de boire des tisanes non sucrées et de l’eau, lors de cette période.
Déterminer la durée idéale du jeûne quotidien
1- Choisir un moment où la santé générale est relativement bonne
2- Éviter les substances stimulantes (café, thé, guarana ou autres)
3- Manger un bon repas consistant en début de journée
4- Enchaîner avec un ou deux repas consistant au cours de la journée
5- Terminer le repas du soir au plus tard à 18h ou 19h
6- Attendre le moment où l’appétit se fait clairement sentir le matin venu
7- Calculer l’écart de temps entre la fin du repas de la veille et le repas du matin
La pratique du jeûne intermittent en ayurvéda
En ayurvéda, le jeûne intermittent fait référence à une périodicité quelconque : une fois par semaine, une fois par mois, une fois par saison ou toute autre période récurrente. La durée du jeûne intermittent varie généralement de 24 heures pour un jeûne hebdomadaire à 48-72 heures pour un jeûne mensuel ou saisonnier.
Dans la culture hindoue, il est recommandé de jeûner du lever du soleil jusqu’au suivant, à deux reprises au cours du mois lunaire : le 11ᵉ jour (ekadashi) du cycle croissant de la lune, puis le 11ᵉ jour du cycle décroissant.
Lorsqu’il s’agit d’un jeûne intermittent hebdomadaire, la journée du jeûne peut être choisie en fonction des implications astrologiques, selon les astres associés au jour de la semaine : le Soleil (dimanche), la Lune (lundi), Mars (mardi), Mercure (mercredi), Jupiter (jeudi), Vénus (vendredi) et Saturne (samedi). Selon le jyotish, l’astrologie védique, la journée choisie permet d’harmoniser sa relation avec l’astre et ses implications dans notre vie.
La pratique du jeûne prolongé en ayurvéda
L’ayurvéda considère qu’un jeûne de 72 heures ou moins est un soin apaisant (samana). Un jeûne prolongé dure plus de 72 heures, ce qui est plutôt considéré comme un soin purifiant (shodhana), un concept correspondant à des soins potentiellement ardus pour l’organisme. En effet, un jeûne prolongé au-delà de trois jours nécessite davantage de précautions attentionnées et, idéalement, un accompagnement professionnel.
L’état physique et mental de la personne doivent être pris en compte pour choisir la durée d’un jeûne. Il convient de s’interroger sur les motivations qui poussent une personne à suivre un jeûne prolongé et d’éviter les pièges de la performance, que ce soit au niveau d’une perte de poids ou de l’atteinte d’objectifs psycho-émotifs et spirituels.
Au cours d’un jeûne intégral de longue durée, il importe aussi de prévoir une source de minéraux et d’oligo-éléments, pour éviter que le corps se déminéralise et se déshydrate : un peu d’infusion d’ortie (Urtica dioica), de plantain (Plantago major) ou un peu de jus de citron feront l’affaire.
Mieux vaut interrompre un jeûne trop tôt que de prolonger un jeûne trop longtemps, ce qui peut alors provoquer des effets rebonds ou indésirables, notamment une prise de poids importante dans les mois qui suivent cette pratique. Lors d’un jeûne prolongé, en plus des effets secondaires énoncés ci-haut, l’hypotension peut apparaître ou s’aggraver.
Autres variantes du jeûne
D’autres options consistent à suivre un jeûne partiel, où l’on mange un peu de nourriture, soit un ou deux repas par jour. On peut aussi s’en tenir à ne manger que quelques fruits au courant de la journée. La durée du jeûne partiel sera ajustée en fonction de l’apport nutritionnel et de l’état de santé de chaque personne.
On peut également effectuer des monodiètes, une approche où l’on ne mange qu’un seul aliment, sur une période de 3 à 7 jours. Parmi les monodiètes les plus communes se trouvent celles à base de carottes, de raisins, de pommes ou de riz. On choisit préférablement des aliments riches en fibres et en antioxydants.
Une monodiète moins stricte consiste à ne consommer qu’un seul repas pour une période donnée, afin de simplifier le travail du système digestif qui développera les enzymes digestives en conséquence. En ayurvéda, on fait souvent appel au kitchari, un plat traditionnel pour les retraites ayurvédiques et yogiques qui contient tous les nutriments nécessaires au bien-être de l’organisme.
Pour conclure
Qu’il soit pratiqué dans une perspective spirituelle ou thérapeutique, le jeûne procure des effets profonds sur le corps et l’esprit. L’ayurvéda, en tant que médecine traditionnelle holistique, l’intègre avec discernement, tenant compte de la constitution individuelle (prakriti), des déséquilibres présents (vikriti) et du contexte de vie de la personne concernée. Alors que les recherches modernes confirment plusieurs bienfaits du jeûne, elles soulignent aussi l’importance d’une approche prudente et personnalisée, respectueuse des besoins du corps et de ses limites.
Pour une détoxication personnalisée, suivez notre formation :
Faggianelli, N. Jeûne : une nouvelle thérapie. Jeûner, bon pour la santé ?. [En ligne]. Gennevilliers, Fr. Digital prisma players. Page consultée le 15 juillet 2025. [passeportsante.net/fr/Therapies/Guide/Fiche.aspx?doc=jeune_th
Labelle, A. Comment le corps réagit à un jeûne de 7 jours ?. [En ligne]. Montréal : Radio-Canada. Page consultée le 15 juillet 2025. [radio-canada.ca/nouvelle/2057436/jeune-hydrique-sept-jours-effets-corps-humain].
Navarro, J. Ce que disent vraiment les études sur le jeûne. [En ligne]. Bischheim : Gallica web. Page consultée le 22 juillet 2025. [foodfactor.net/2025/03/que-disent-vraiment-etudes-jeune/
Sharma, P.V. Charaka Samhita. Varanasi : Chaukhambha Orientalia, 1983.

Bonjour Jonathan et merci de toutes ces explications claires et intéressantes.
Nous venons de terminer une retraite avec notre prof de yoga “ Yoga & Ayurveda” intense et riche en expériences. Mon dosha est principalement Vata et je me suis intéressée à votre chapitre “ le jeûne et l’Ayurveda” par curiosité, certainement intéressant à faire à certains moments de sa vie. Je vois qu’il y a des formations en ligne et vidéos à commander.
Ma question: donnez-vous des stages ou ateliers sur l’Ayurveda en Europe, notamment en France, dans ma région les Pyrénées Atlantiques ?
Je vous remercie du fond du cœur
Cordialement
Anne-Gabrielle
Bonjour ! Heureux de vous lire, merci pour votre appréciation. Dans l’immédiat je n’enseigne qu’au Québec, mais le temps viendra pour moi de me déplacer en tournée, si ce n’est déjà fait, inscrivez-vous à notre infolettre pour demeurer au courant de nos dernier développements. Je prends bonne note de votre intérêt en tous les cas. Meilleurs souhaits et au plaisir de vous rencontrer !