
Quand la digestion prend son temps
La lenteur et la lourdeur digestive sont des problématiques bien courantes de la vie moderne. Ces deux situations connexes se caractérisent par une digestion qui s’éternise et occasionne de l’apathie après les repas, supprimant l’appétit pour les repas subséquents et causant une baisse d’énergie générale. Nous allons exposer ci-après les différentes causes de ces problématiques et proposer des solutions naturelles pour favoriser une digestion optimale.
D’abord, un mot sur agni
Agni se traduit littéralement par « feu » et représente l’ensemble des processus de transformation métabolique. L’ayurvéda nous explique qu’il y a de nombreux agnis dans le corps, à différents niveaux. Cependant, concentrons-nous particulièrement ici sur le feu du système digestif, nommé jatharagni, pour expliquer la transformation des aliments se produisant dans l’estomac et les intestins. Ce « feu digestif » doit être convenablement entretenu pour que les transformations métaboliques se produisent de façon optimale et pour utiliser l’énergie de la nourriture sans accumulation d’ama, les toxines métaboliques. (1)
Lorsque agni est trop fort, le surplus d’acide gastrique irrite et inflamme les muqueuses, ce qui accélère le péristaltisme et favorise des selles lâches. Les nutriments qui voyagent trop vite dans le tractus digestif n’ont alors pas l’occasion d’être bien absorbé et de se rendre plus loin dans le processus de métabolisation pour nourrir les tissus (dhatus). À l’inverse, lorsque agni est trop faible, on constate une stagnation de la nourriture dans le tractus digestif, ce qui cause une perte d’appétit, une accumulation d’ama ainsi qu’une prise de poids. Dans un cas comme dans l’autre, l’ayurvéda considère qu’un agni déséquilibré est l’une des premières causes de la plupart des problématiques de santé. C’est pourquoi prendre soin d’agni et de la digestion est l’une des priorités d’un traitement ayurvédique.
Kapha en excès
Tel que nous l’expliquons dans l’article Kapha, la force de préservation, kapha assure la lubrification des muqueuses et des articulations, le maintien de la cohésion et de l’intégrité des tissus ainsi que la préservation de l’énergie vitale. Lorsque kapha est exacerbé, on observe un ralentissement général, y compris au niveau du métabolisme et de la digestion. D’autres signes physiques de cet excès kapha sont visibles au niveau de la peau qui pâlit ainsi qu’aux poumons et aux sinus, où le mucus s’accumule. La personne ayant un déséquilibre kapha est généralement plutôt démotivée, amorphe et elle aura tendance à demeurer plus sédentaire, ce qui contribue aussi à ralentir le métabolisme et la digestion.
Par ailleurs, il arrive qu’un déséquilibre de kapha se produise plus spécifiquement au niveau de kledaka kapha, le sous-dosha situé au niveau de la muqueuse de l’estomac. L’ayurvéda nous dit que quand kledaka est en excès, nous avons un surplus de mucus digestif, ce qui a pour conséquence d’affaiblir l’acidité gastrique qui sert à digérer les aliments. S’ensuit alors une sensation de lourdeur et de lenteur digestive causée par un agni affaibli.
La solution pour résoudre cette situation est de consommer des aliments astringents et piquants. En effet, les tanins présents dans les aliments astringents effectuent une action d’assèchement et de resserrement des tissus, créant également une fine pellicule de protection au passage. Les aliments piquants sont aussi réchauffants et asséchants, ce qui aide également à mitiger le mucus gastrique excédentaire. Référez-vous à l’article Les 6 saveurs et l’alimentation pour des exemples d’aliments astringents. (2)
Rappelons que parmi les huit propriétés (gunas) de kapha, nous retrouvons ceux-ci : froid, lent et lourd et stable. Dans le contexte de la digestion, cela signifie que les aliments ayant ces attributs (ex. crème glacée, féculents, produits laitiers, etc.) ont tendance à ralentir le métabolisme et le transit intestinal. Le mode de vie (sédentarité) et l’environnement (temps humide et/ou froid) peuvent aussi contribuer à augmenter l’influence des qualités froide, lente, lourde et stable sur notre état d’être. Les personnes dont la nature (prakriti) est dominée par kapha sont plus vulnérable à ces influences, elles doivent porter attention à stimuler régulièrement leur feu digestif faible, que l’on nomme en ayurvéda mandagni. (3)
Incompatibilités alimentaires
L’ayurvéda nous enseigne que certaines combinaisons alimentaires se digèrent inadéquatement, ce qui ralentit la digestion et, dans certains cas, produit des endotoxines, vicie peu à peu le sang tout en acidifiant l’organisme. Par exemple, on ressentira une lourdeur digestive si l’on consomme des aliments sucrés (fruits, féculents, desserts) après ou avec des aliments protéinés comme les viandes et les légumineuses.
D’ailleurs, ces deux dernières catégories d’aliments, consommés ensemble, ralentissent aussi la digestion et favorisent la prise de poids. Entre autres, il en va de même avec les produits laitiers, en combinaison avec une grande quantité de gras. Pour de plus amples renseignements sur les incompatibilités alimentaires, procurez-vous notre formation en ligne sur les maux digestifs courants. (4)
Hypothyroïdie
L’hypothyroïdie se caractérise par un déficit en hormones thyroïdiennes. Simplement, il est important de savoir que ce trouble occasionne souvent une intolérance au froid, de la fatigue, de la rétention d’eau et une prise de poids. En ayurvéda, ces symptômes traduisent un déséquilibre de kapha, bien que l’hypothyroïdie soit une problématique aux causes multiples. Quoi qu’il en soit, l’hypothyroïdie entraine un ralentissement du métabolisme et, par le fait même, un ralentissement de la digestion. (5, 6)
Du piquant pour attiser le feu
La première façon d’activer le métabolisme et d’augmenter agni est de consommer plus d’aliments de saveur piquante lors des repas. En effet, les substances piquantes réchauffent l’organisme et dynamisent la digestion en stimulant la salivation et les sécrétions gastriques. Cela permet de résoudre efficacement les états de lourdeur et de lenteur digestive en plus de réchauffer le corps jusqu’aux extrémités. Les substances piquantes sont souvent des épices, telles le piment de Cayenne, la cannelle, le cumin, le girofle, la moutarde, la muscade, ou encore le poivre noir et le thym. On retrouve aussi du piquant dans les légumes tels que les radis, les oignons et la ciboulette.
Des amers pour stimuler le foie
Les substances amères sont elles aussi apéritives, encourageant les sécrétions digestives. Elles dynamisent les fonctions hépatiques, c’est-à-dire qu’elles supportent le foie dans ses fonctions de métabolisation des nutriments, de filtrage des toxines et d’expulsion de la bile. Contrairement aux substances piquantes, les substances amères sont rafraîchissante pour l’organisme en général, ce qui convient mieux aux personnes de constitutions dites plus « chaudes » qui peuvent malgré tout se retrouver avec un agni affaibli. Les aliments amers sont souvent des verdures moins communes, tels la roquette, la chicorée, le radicchio, le pissenlit et les endives.
Certains aliments sont à la fois piquants et amers. Ceux-ci auront un impact d’autant plus significatif sur la digestion. Ils sont notamment efficaces pour résorber les nausées qui accompagnent parfois les états de lourdeur digestive. Pensons par exemple à l’ail, au gingembre, aux graines de fenouil, au raifort, au romarin et au curcuma frais, ou encore aux plantes médicinales comme l’aunée, la bardane, la patience crépue ou l’andrographis.
Conseils alimentaires et habitudes de vies
Voici quelques conseils supplémentaires à mettre en place afin de favoriser une digestion optimale et d’activer le métabolisme au quotidien :
- Boire de l’eau chaude ou à température pièce tout au long de la journée
- Consommer une tasse d’eau chaude agrémentée de gingembre et de jus de citron 1/2 heure avant les repas
- Accompagner tous les repas de verdures amères
- Manger des repas cuisinés le jour même, éviter les restes qui deviennent plus difficile à digérer
- Limiter la consommation d’aliments sucrés et gras
- Marcher après les repas, bouger, faire de l’exercice régulièrement (très important)
- En yoga, pratiquer les différentes postures du guerrier ainsi que les torsions
- Effectuer la respiration kapalabhati régulièrement pour réchauffer et masser les organes digestifs (à éviter tout juste après les repas)
- Éviter de manger après 18h, ou du moins 2h avant le coucher
- Pratiquer un jeune quotidien d’environ 14h, pouvant varier de 12h à 18h, selon la nature des individus
Pour retrouver l’équilibre au niveau de votre digestion, suivez notre formation :
(2) fr.energymedresearch.com/31717-astringent-foods
(3) intrepidayurveda.com/post/kapha-digestion
(4) easyayurveda.com/2013/03/14/bad-food-combinations-and-solution-as-per-ayurveda/
(5) merckmanuals.com/fr-ca/professional/troubles-endocriniens-et-m%C3%A9taboliques/troubles-thyro%C3%AFdiens/hypothyro%C3%AFdie
(6) saraswatiayurveda.com/blog/2020/6/24/ayurveda-for-hypothyroidism
