
Une alliance holistique pour cultiver avec les doshas
Le lien entre la permaculture et l’ayurvéda peut sembler inattendu à première vue, mais, pour celles et ceux qui connaissent ces deux philosophies de vie, il révèle une synergie profonde, centrée sur le bien-être holistique.
La permaculture, axée sur la pérennité et l’interconnexion, rejoint l’ayurvéda, système médical traditionnel indien, qui considère la santé globale à travers les doshas : vata, pitta et kapha.
La permaculture, en tant que système de conception éthique, met en avant la diversité, l’interdépendance et l’utilisation efficiente des ressources pour créer des projets humains systémiques, notamment des projets agricoles holistiques et durables. D’un autre côté, l’ayurvéda, avec ses trois doshas, propose des principes pour préserver la santé et le développer une approche personnalisée du bien-être.
Bien que l’ayurvéda n’enseigne pas directement des principes d’agriculture fondés sur les doshas, ses concepts peuvent néanmoins s’appliquer aux pratiques agricoles permaculturelles. Par exemple, la conception d’un jardin diversifié, avec des plantes médicinales adaptées à chaque dosha, tenant compte de leurs propriétés bénéfiques pour la santé, s’aligne sur les préceptes des deux systèmes. De plus, les trois doshas fonctionnent aussi bien pour aborder les besoins des différents être humains que pour aborder ceux des plantes que l’on cultive.
L’agriculture énergétique, à la croisée de l’Orient et de l’Occident, enrichit cette perspective en considérant les énergies subtiles présentes dans les plantes, les sols et les écosystèmes agricoles. Eric Petiot, expert en agriculture, explore cette approche innovante, offrant des clés pour comprendre et rééquilibrer les énergies dans notre environnement agricole.
En réunissant la sagesse ancestrale de l’ayurvéda, les principes écologiques permaculturels et les perspectives novatrices de l’agriculture énergétique, nous sommes invité.es à repenser nos pratiques agricoles, pour cultiver en harmonie avec les dynamiques naturelles et les trois doshas.
Forêt nourricière et ayurvéda
Dans notre exploration des liens entre les forêts nourricières et l’ayurvéda, nous découvrons une possible interconnexion entre la notion de doshas et le design d’un jardin ou d’une forêt nourricière. En effet, puisque tout être vivant est animé des principes représentés par les trois doshas, il en va donc de même pour les végétaux.
D’après le Collectif boréal, qui s’exprime dans le livre Forêt nourricière boréale – réflexions et particularités québécoises :
« Une forêt nourricière, puisant son inspiration dans la nature, représente la création intentionnelle permaculturelle d’un écosystème abritant une variété de plantes comestibles ou bénéfiques pour l’humain et les autres vivants. Son aménagement ingénieux vise à générer une abondance de nourriture via un équilibre dynamique, inspiré des écosystèmes forestiers naturels.
Dans une forêt nourricière, la biodiversité est un élément fondamental pour assurer un équilibre au sein de cet environnement. Cet équilibre contribue à la production de nourriture, non seulement pour les humains, mais aussi pour les autres êtres vivants, tout en fournissant un habitat et un espace de reproduction pour ces derniers.
L’objectif sous-jacent d’une forêt nourricière est de créer un écosystème complet. Cela implique l’introduction de diverses espèces végétales, animales (dont la microfaune), bactériennes et fongiques, dans le but d’atteindre un équilibre autonome. Toutefois, lorsque des récoltes sont effectuées, comme la cueillette de pommes ou de poires, cela entraîne une exportation de ressources, nécessitant des apports extérieurs pour maintenir l’équilibre.
La clé de la fertilité dans une forêt nourricière réside dans la diversité et la complémentarité des stratégies, comprenant l’utilisation de plantes fixatrices d’azote, de plantes à croissance rapide produisant de la biomasse ainsi que l’implantation d’espèces spécifiques, qui favorisent un recyclage efficace ou une accumulation dynamique des nutriments. Cette approche engendre un système similaire à celui d’une forêt naturelle. »
Ainsi, d’après Éric Petiot, les plantes à croissance rapide, aériennes et légères, sont associées au dosha vata, telles que le peuplier, le haricot grimpant ou le saule. Elles semblent incarner la vitalité et la mouvance. Nous nous rendons compte que la famille botanique des fabacées (légumineuses) correspondrait à vata.
De plus, les plantes alignées avec le dosha pitta seraient celles qui pointent vers le soleil tout comme de nombreux conifères ou les céréales telles que le maïs. Elles semblent démontrer une énergie dynamique et dirigée vers la lumière. L’ensemble de la famille des poacées (graminées) sont d’une nature à prédominance pitta.
Enfin, les plantes associées au dosha kapha, telles que le chêne, la courge ou les pommes de terre, révèlent une croissance plus lente et un ancrage avec le sol. Ces plantes incarnent bien la stabilité, le nourrissement, la protection et l’endurance.
Bien sûr, cette interprétation relève d’une perspective personnelle et embryonnaire. À ce jour, aucun soutien scientifique ne corrobore cette approche et aucune enquête n’a sondé les praticiens de l’ayurvéda sur les applications de leur science au potager. Toutefois, il est indéniable que le sujet mérite d’être développé afin que l’ayurvéda s’avère un jour utile dans la planification d’aménagements comestibles, notamment lorsque les informations sur les associations de cultures font défaut.

Par exemple, le concept des « trois soeurs », une pratique agricole millénaire attribuée aux Mayas, suggère de cultiver ensemble le maïs, les haricots et les courges, ces plantes étant réputées pour leur capacité à s’entraider mutuellement et à favoriser une croissance harmonieuse.
Bien entendu, la mise en oeuvre pratique de cette approche demande une compréhension approfondie des variétés des espèces végétales et des besoins spécifiques à chaque territoire local. Néanmoins, il est fascinant de considérer les caractéristiques principalement pitta que l’on retrouve dans le maïs, les aspects vata des haricots et les qualités davantage kapha observées chez les courges.
Ces réflexions stimulent l’imagination et suscitent l’idée de concevoir des forêts nourricières, tout en considérant les caractéristiques ayurvédiques des plantes, dans l’espoir de favoriser leur coexistence harmonieuse au sein d’un même écosystème.
