
Ce qui camoufle notre vraie nature
Les traumas et les masques sont des notions absolument cruciales en ayurvéda. Pourtant, les ouvrages, les enseignements et les thérapeutes ayurvédiques ignorent souvent cet aspect méconnu de l’ayurvéda.
Afin de bien comprendre cet article, vous devez être familier avec les notions de nature (prakriti) et d’état (vikriti) au sujet des trois doshas. Nous vous recommandons les articles L’ayurvéda et les trois doshas, Distinguer nature et état ainsi que la série vidéo Expérimentez l’ayurvéda pour en savoir plus à ce sujet.
Un état de trauma est appelé avarodha en sanskrit, ce qui signifie littéralement blocage, obstruction, blessure, réclusion, recouvrement. Le terme est souvent employé pour désigner l’obstruction physique d’un « canal » comme une veine ou un neurone. (1)
Par ailleurs, le concept d’avarodha désigne un état d’être qui masque la nature véritable d’un individu. Cet état est sclérosé depuis l’avènement du trauma et se maintient même lorsque les circonstances aggravantes disparaissent. L’état (vikriti) se fait alors passer pour la nature (prakriti).
Exemple : Une mère insécurisée devant les élans de passion et de colère de sa fille réagit en étouffant les émotions de son enfant, l’envoyant dans sa chambre ou lui démontrant de la rigidité. La jeune fille, désireuse d’obtenir l’amour maternel, entreprend de camoufler ses émotions fortes afin d’éviter le rejet et les punitions. Elle développe ainsi un masque kapha qui inhibe et recouvre sa nature pitta. Ainsi, elle apparaît de nature vata-kapha alors qu’elle est réellement de dominance vata-pitta.
Traumas : lorsqu’un dosha en inhibe un autre
Un avarodha peut se situer dans n’importe lequel des trois doshas qui composent notre nature. Il vient artificiellement donner de l’importance à un aspect de notre nature tout en inhibant d’autres aspects, comme dans l’exemple ci-haut où la jeune fille inhibe inconsciemment sa nature pitta en maintenant un état de trauma kapha.
De cette manière, les traumas créent une incohérence apparente entre le physique et la personnalité des gens. L’analyse du profil doshique de la nature comporte des anomalies qui ne s’expliquent finalement que lorsque l’on en comprend les conséquences psychologiques et physiologiques du trauma.
Vata avarodha
Les masques vata se composent d’états anxieux, de peurs profondes et inexpliquées, de certaines instabilités de l’humeur ou certaines psychorigidités. Chacun le vit à sa façon, les traumas se manifestent différemment selon leur nature et leur histoire.
Physiquement, on observe souvent de la peau sèche, une tendance plus frileuse, un appétit variable, un sommeil fragile, un poids corporel plus bas que notre poids habituel.
Pitta avarodha
Les recouvrements pitta apparaîssent sous forme d’impatience, de colère et de mécontentement, d’intensité extrême et prolongée ou de comportement obsessif et intransigeant.
Au niveau corporel, il peut y avoir des déséquilibres tels que de courtes nuits de sommeil, des inflammations diverses, de l’acidité gastrique et des sensations de chaleur.
Kapha avarodha
Les blocages kapha impliquent une apathie, un ralentissement des activités, une tristesse, un découragement et/ou une certaine réclusion.
Des symptômes physiques se maintiennent tels que pâleur, œdème, rétention d’eau, froid aux extrémités, prise de poids ou un manque de tonus général.
Guérir les traumas
La majorité des gens développent un trauma qui se distingue des autres pour former un avarodha, un recouvrement de la nature de la personne. De plus, on peut aussi retrouver plusieurs distorsions accumulées chez les gens, comme toutes sortes de petits masques.
S’il existe un masque, il est prioritaire de le soigner pour que les processus de guérison débloquent et que les symptômes rattachés au trauma puissent disparaître. Les tentatives de guérison qui n’atteignent que le niveau physique ou psychologique échoueront encore et encore lorsqu’un avarodha domine la situation.
Ceci explique que plusieurs personnes tournent en rond et stagnent, passant de thérapeute en thérapeute, de produit naturel en produit naturel, diminuant périodiquement leurs symptômes sans jamais les résoudre définitivement. Le découragement et la confusion s’ensuivent car la situation semble sans issue.
Comment guérir un trauma ?
On peut soigner en partie le trauma grâce à une intervention physique, avec la nourriture, les plantes médicinales et le mode de vie, bien que la partie la plus importante du traitement consiste à conscientiser le trauma et le soigner dans ses dimensions plus subtiles : mentale, émotionnelle et énergétique.
La conscientisation du trauma et de sa cause est une étape primordiale car le simple fait de se rendre compte de ce qui se passe permet une certaine distance et une évolution intérieure, en voie vers un changement significatif.
À chacun son chemin de vie et ses affinités : plusieurs outils peuvent servir tels que la psychothérapie, l’hypnose, l’art-thérapie, les actes psycho-magiques, le travail énergétique, les élixirs floraux et tant d’autres. Entre autres approches, la psychologie transactionnelle consiste à favoriser un dialogue sain entre l’adulte et l’enfant intérieur, ce qui vient toucher directement l’origine du trauma.
Selon l’Ashtanga Hrdayam il y a deux types d’approches pour soigner les avarodha :
Yukti vyaparshraya : travail du thérapeute
Deva vyaparshraya : travail divin (2)
Cela signifie que les avarodha peuvent être soignés en thérapie ayurvédique classique et aussi par une approche spirituelle.
Réconcilier les trois dimensions de l’être
Les trois dimensions de l’être doivent participer ensemble à la guérison : l’aspect mental, émotionnel et viscéral. Plusieurs personnes ont compris leur problème (mental) et on fait la paix avec (émotionnel) mais il semble que le corps (viscéral) reste pris avec le trauma. Pour pallier à cela, il faut employer des méthodes qui jouent davantage au niveau du subconscient.
Puisque l’être conscient se polarise parmi les centres intellectuel, émotionnel et viscéral, une coexistence équilibrée de ces dimensions est nécessaire pour expérimenter le bonheur et le bien-être d’une existence nourrissante.
D’une importance capitale
Selon le Charaka Samhita, toutes les maladies ont ultimement leur source dans un recouvrement, avarodha. Cette mention s’adresse autant aux avarodhas physiques (obstruction des canaux et des mouvements dans le corps) qu’aux avarodhas émotionnels et psychologiques. (3)
Le concept d’avarodha nous permet de conscientiser nos blocages et perfectionne énormément le modèle ayurvédique classique tel qu’il est connu et pratiqué actuellement en Inde et dans le reste du monde.
Pour aller plus loin dans les aspects subtils de la vie selon l’ayurvéda, procurez-vous notre formation :
(2) Murthy, Srikantha. Ashtanga Hrdayam de Vagbatha, volume 1, Chowkhamba Krishnadas Academy, Varanasi, Inde, 2003.
(3) Dash, Bhagwan et Sharma, R. K. Charaka Samhita, Chowkhamba Krishnadas Academy, Varanasi, Inde, 2011.

Vraiment très intéressant! Merci pour cet article qui fait la lumière sur bien des choses :-)
Bonjour Jonathan! Vous dites qu’il est possible de soigner l’état de trauma par des traitements ayurvdédiques. Est-ce que vous offrez cette aide à l’Espace Ayurveda.
Absolument, dans les limites de nos compétences, nous adressons les « avarodhas », au besoin avec l’aide de spécialistes en psychothérapie, communication et autres disciplines que nous référons aussi à l’extérieur du centre. Dans la thérapie ayurvédique, c’est la personne qui se soigne et nous la guidons selon nos meilleures compétences en suggérant des pistes de solutions.
Bonsoir Jonathan ! J’ai trouvé ton article inspirant. Voici ma réflexion sur ce passage de ton article : « la partie la plus importante du traitement consiste à conscientiser le trauma et le soigner dans ses dimensions plus subtiles ». Je pense que lorsqu’on a vécu longtemps avec un trauma, il est difficile pour la personne de le détecter et d’en prendre conscience car l’avarodha peut sembler l’état normal de la personne. L’avarodha va toutefois laisser des indices tels que le fait de réagir de manière exagérée à certaines situations ou de ne pas se sentir en parfaite harmonie avec son environnement. Lorsqu’on prend conscience d’une réaction exagérée ou même d’un léger déséquilibre, il faut premièrement accepter que cet événement ait eu lieu sans le refouler, deuxièmement prendre conscience que la cause de la réaction est en soi, troisièmement avoir le courage d’affronter ses émotions pour finalement comprendre la blessure intérieure qui réclame la guérison. L’aide d’un thérapeute est essentielle à mon avis pour aller au bout de ce cheminement.
Absolument ! C’est parce qu’il nous échappe qu’on retient le terme « masque » pour traduire « avarodha », un masque qui cache parfois notre véritable nature à nous-mêmes comme aux autres… Merci pour ton apport !
Bravo pour cet article qui met en lumière un sujet très intéressant et effectivement peu développé dans les enseignements et ouvrages.
Tout d’abord merci pour ce partage.
J’ai eu très jeune et longtemps (et peut être encore un peu) un déséquilibre vata suite à des traumas graves dans l’enfance, qui s’est confondu à ma prakriti et j’ai longtemps cru être de constitution Pitta-Vata. J’ai découvert grâce à ma formation en Ayurvéda l’an dernier être finalement de constitution Piita-Kapha, quel soulagement que de se connaître davantage et de s’apporter de la douceur ;)
Cela me fait réaliser qu’il peut être difficile de découvrir la Prakriti d’une personne si le trauma est ancien et bien marqué qu’il s’en confond avec la personnalité de la personne adulte. C’est une bonne piste d’observation et de questionnement important à mon sens lors d’une consultation ayurvédique sinon on passe à côté de choses très importantes !!!
Belle continuation.
Céline
Merci pour ce commentaire et ce partage enrichissants.
Bonjour j’ai eu un channeling récemment et il m’a été conseiller de m’aider de l’ayurveda pour soigner ma tristesse présente depuis la petite enfance ( actuellement j’ai 42 ans ) les légumes,des gélules ou des poudres mon été évoqué ainsi qu’un traitement pour me nettoyer entièrement de ses mémoires ,pourriez-vous m’aider ou me guider
Merci beaucoup pour votre retour précieux
Bonjour il vous faut consulter un(e) spécialiste en personne, voyez l’onglet consultation de ce site ou cherchez quelqu’un dans votre région.