
Une altérative qui gagne à être connue
La scrofulaire se démarque parmi les nombreuses plantes altératives disponibles en pharmacopée occidentale. Cette plante est appréciée, non pas pour sa beauté visuelle ou son odeur, mais bien pour son effet remarquable sur le système lymphatique. En effet, elle se distingue des autres plantes désintoxiquantes par son effet puissant sur la circulation lymphatique dans l’organisme, permettant de dégager rapidement les toxines accumulées dans la lymphe. Également, elle s’est taillée un bonne réputation comme anti-inflammatoire, entre autres pour aborder les problématiques liées à la peau, qu’il s’agisse de simples démangeaisons ou de déséquilibres plus marqués, comme le psoriasis ou l’eczéma.
Nom latin : Scrophularia nodosa
Autres langues : woodland figwort (anglais), escrophularia (espagnol), hsuau-shen (chinois)
Famille botanique : scrophulariaceae
Description : La scrofulaire est une plante vivace qui atteint jusqu’à 1,5 m de hauteur. Sa racine noueuse, brune à l’extérieur, est blanchâtre et fibreuse à l’intérieur. La tige glabre, quadrangulaire et dressée porte des feuilles opposées et dentelées, de forme ovale. Celles-ci dégagent une odeur nauséabonde. De juin à octobre, de petites fleurs globulaires violet foncé fleurissent en panicule, au bout des tiges. Ses fruits sont des capsules qui contiennent une abondance de graines noires. La plante envahissante se reproduit si facilement qu’elle est parfois considérée comme une mauvaise herbe. (1)
Distribution : La plante est originaire d’Europe et des pays tempérés d’Asie. Désormais, on la retrouve dans les zones tempérées de tout l’hémisphère nord, bien qu’on ne l’aperçoive que rarement dans l’Ouest de l’Amérique. Elle apprécie les sols riches, les boisées humides et les marais, ainsi que les terrains peu entretenus.
Parties utilisées : Toute la plante peut être utilisée. Généralement, on favorise les feuilles et les sommités fleuries, fraîches ou séchées.
Constituants : La scrofulaire contient plusieurs monoterpènes iridoïdes (aucubine, catalpol, harpagide, etc.) et des acides phénoliques (acide caféique, férulique, isoférulique, p-coumarique, etc.). Elle contient aussi de nombreux flavonoïdes, notamment l’acide rosmarinique et l’hespéridine, ainsi que des glycosides, des saponines et des tanins. (3)
Récolte : À partir de sa deuxième année, on récolte la plante entre les mois de mai et septembre, pour en faire sécher les feuilles ou bien pour effectuer une transformation médicinale avec la plante fraîche, dès sa cueillette.
Profil ayurvédique
Saveurs principales (rasa) : amer, astringent
Saveur secondaire (rasa) : piquant
Saveur post-digestive (vipaka) : piquant
Caractéristiques (gunas) : léger, sec, pénétrant
Effet sur les doshas : apaise kapha et pitta, peut aggraver vata en cas d’excès
Potentiel (virya) : réchauffant
Affinité avec organes et tissus (dhatus) : lymphe, sang et système circulatoire (rakta dhatu), peau et foie
Effet spécial (prabhava) : puissant tonique lymphatique
Propriétés médicinales générales
Astringent : Cette plante contient des tanins qui lui confèrent un remarquable effet astringent, facilitant l’élimination des matières et des masses agglomérées dans l’organisme. En ayurvéda, cet effet est nommé lekhanya, qui signifie littéralement gratter, récurer. Ainsi, on utilise la scrofulaire pour désagréger les kystes, les nodules, les fibromes et autres tissus formés en excès, autant en consommant la plante à l’interne qu’en effectuant des applications topiques.
Altératif : De nature sèche et astringente, la scrofulaire est réputée pour sa capacité à déloger le corps des toxines accumulées (ama), lorsqu’on la consomme à long terme. C’est principalement son effet lymphatique qui explique sa capacité à faire circuler les toxines, afin que le corps les élimine. Par ailleurs, on lui confère des vertus diurétiques qui favorisent l’élimination des toxines via les reins.
Anti-inflammatoire : Ce sont principalement les nombreux monoterpènes iridoïdes et les flavonoïdes contenues dans la scrofulaire qui lui procure son effet anti-inflammatoire, selon diverses études. Par ailleurs, un effet analgésique a été observé lors d’une étude sur ses composants, ce qui en fait une plante propice à endiguer les problématiques articulaires douloureuses liées à de l’inflammation, comme l’arthrose ou la goutte. De plus, grâce à cette action anti-inflammatoire au niveau des mitochondries cellulaires, on lui octroie de plus en plus des propriétés anticancer, bien que des études supplémentaires soient requises afin de valider ces allégations. (3, 4)
Propriétés : système cardio-vasculaire et lymphatique
Tonique lymphatique : La propriété médicinale qui contribue le plus à la notoriété de cette plante est sans doute son effet sur la lymphe. La scrofulaire agit fortement sur le système lymphatique, faisant circuler la lymphe de manière à en dégager les toxines, ce qui les déverse dans le système sanguin et permet leur élimination subséquente. Cet effet est si puissant que l’on doit consommer cette plante avec parcimonie au départ, pour éviter de surcharger le sang et les organes d’élimination. Notamment, on fait appel à la scrofulaire pour relâcher les toxines qui nourrissent les inflammations et les infections dans le corps, ce qui contribue à soigner les élargissements des ganglions, ou encore à résoudre la rétention d’eau et l’oedème.
Tonique cardiaque : La scrofulaire favorise la santé du coeur, particulièrement grâce à son contenu en glycosides, ce qui fortifie l’endurance du coeur et favorise sa longévité. Cet effet étant quelque peu marginal chez la scrofulaire, il convient de l’associer à d’autres plantes toniques pour le système cardio-vasculaire, par exemple l’aubépine ou l’agripaume, lorsque l’on souhaite entreprendre des soins destinés à favoriser la santé cardiaque. De plus, les effets lymphatiques et diurétiques de la scrofulaire peuvent s’avérer indispensables aux personnes souffrant d’oedème au coeur ou d’oppression thoracique.

Propriétés : système tégumentaire
Antiprurigineux : Les actions anti-inflammatoires, altératives et lymphatiques de la scrofulaire contribuent à sa pertinence dans la plupart des cas de dermatites accompagnées de rougeurs, de démangeaisons, de desquamations et d’oedème. Ainsi, on l’utilise en interne pour soigner les personnes atteintes de différents types d’eczéma ou de psoriasis. L’hespéridine, l’acide rosmarinique ainsi que les saponines qu’elle contient apaisent le foyer inflammatoire et protègent les muqueuses ainsi que le derme, qui recouvre l’organisme. Lors de crises inflammatoires, une application topique est également à privilégier. (5)
Vulnéraire : Les tanins astringents de la scrofulaire contribuent aux propriétés vulnéraires de la plante, c’est à dire à sa capacité de faciliter la cicatrisation. Ses effets sur les vaisseaux sanguins et le système lymphatique contribuent à cette propriété, alors que sa capacité à diminuer l’inflammation et l’oedème font de la scrofulaire une plante de choix pour des applications topiques sur une blessure.
Antifongique : On constate une action antibactérienne et antifongique chez la scrofulaire, ce qui s’explique partiellement par son contenu en verbascosides et en acide rosmarinique. Ces composés, de la famille des polyphénols, démontrent aussi des propriétés anti-inflammatoires et antioxydantes, contribuant à prévenir un grand nombre de pathologies. Par ailleurs, l’évacuation des toxines favorisée par la scrofulaire aide à maintenir l’équilibre acido-basique dans l’organisme. Un pH sanguin légèrement plus alcalin diminue significativement la capacité de prolifération des fongus et autres pathogènes. (6)
Propriétés : système digestif
Tonique du foie : En tant que plante amère, la scrofulaire agit au niveau du foie, stimulant son activité et fortifiant les tissus qui le compose. Cela s’explique par la présence d’aucubine, un monoterpène iridoïde aux effets hépatoprotecteur. Bien que les effets toniques et protecteurs sur le foie ne soient pas les principales propriétés de la scrofulaire, ils sont les bienvenus dans la mesure où cette plante remet en circulation une grande quantité de toxines accumulées dans l’organisme. (7)
Tonique et trophorestaurateur du pancréas : La scrofulaire soutient spécifiquement les fonctions du pancréas, notamment pour la digestion des graisses, partiellement à l’aide de sa saveur amère. On lui attribue même des effets potentiellement régénérateurs sur le pancréas et ses cellules bêta. La scrofulaire est une alliée précieuse qu’on intègre aux plans d’action phyto-thérapeutiques destinés à prévenir le diabète de type 2, en concomitance avec d’autres plantes agissant sur cet organe, telles que le gymnema sylvestre, le curcuma ou le fenugrec.
Folklore et usages traditionnels
Dans l’antiquité, on l’utilise dans le traitement des lésions cutanées qui se forment dans les ganglions lymphatiques. D’ailleurs, la « doctrine des signatures » nous aiguille vers cet usage : la racine de la plante, constituée de tubercules noueux d’où émergent maintes ramifications, rappelle justement ces ganglions ainsi que les canaux lymphatiques. De plus, son nom latin, Scrophularia, provient de l’utilisation de la plante comme remède traditionnel contre la « scrofule », une infection tuberculeuse spécifique aux ganglions lymphatiques du cou. (8)
En médecine traditionnelle chinoise (MTC), la scrofulaire est un remède communément utilisé. En raison de sa capacité à stimuler le pancréas, on l’emploie dans le traitement du diabète. On l’utilise aussi comme remède contre la fièvre, la tristesse, les gonflements et douleurs de la gorge, les furoncles, ainsi que pour faciliter la digestion. Encore aujourd’hui, les Premières Nations intègrent la plante à la graisse animale pour en faire un onguent antiscrophuleux et pour résorber les kystes. (9)
La scrofulaire est une plante médicinale d’une grande importance dans la pharmacopée des médecins éclectiques européens et américains du 19ème siècle, alors que la scrofulaire est spécifiquement utilisée pour son affinité avec les systèmes endocrinien et lymphatique. À l’époque, la scrofulaire est déjà considérée comme une puissante altérative. (10)
Dosages et modes d’utilisation
On consomme la scrofulaire à moyen ou long terme, en débutant par de modestes doses, afin de profiter de son effet altératif et de faire circuler la lymphe, tout en évitant les effets secondaires et les « crises de guérison ». Dans le cadre d’un plan de désintoxication, on l’utilise à plus fortes doses à un stade avancé des procédures, lorsque l’on s’est préalablement assuré que le foie et les reins assurent suffisamment leur fonction d’élimination des toxines.
Infusion : Verser 1 t. d’eau bouillante sur 1 à 3 c. à t. de feuilles séchées et laisser infuser 10 à 15 minutes. Augmenter progressivement la concentration et la fréquence des doses, jusqu’à boire 1 à 3 tasses par jour.
Décoction : Pour maximiser la puissance de la scrofulaire, bouillir 1 à 2 c. à s. de feuilles séchées dans 1 t. d’eau pendant 5 minutes, puis laisser infuser encore 10 minutes. Les décoctions concentrées sont utiles lorsque l’on souhaite se soulager de problématiques aiguës, tel une crise d’amygdalites ou un oedème important. Dans ce cas, il faut tenir compte des effets secondaires possibles.
Teinture : Alors que quelques gouttes d’extrait alcoolique suffisent dans plusieurs cas, on peut augmenter progressivement vers des dosages plus élevés, une fois le mouvement de la lymphe amorcé. Pour une concentration de 1:2, commencer avec 3 à 5 gouttes, deux fois par jour pendant 3 à 7 jours, puis augmenter peu à peu vers 10 à 30 gouttes par dose.
Cataplasme : Mélanger les feuilles fraiches de la scrofulaire et les réduire en pâte (lepa), puis appliquer celles-ci localement sur le corps pendant 20 à 30 minutes, pour un effet décongestionnant ou encore pour tenter d’apaiser les dermatites, les oedèmes, les crises d’eczéma et les démangeaisons diverses.
Onguent : Certains fabriquent des onguents de scrofulaire utilisés topiquement pour ses effets vulnéraires qui réparent la peau, notamment grâce à ses tanins, ainsi que pour ses effets anti-inflammatoires et lymphatiques, en cas de blessure ou d’une problématique localisée.
Précautions et contre-indications
- Lors de la grossesse et de l’allaitement, il est préférable de ne pas consommer la scrofulaire, afin d’éviter la résurgence de toxines dans le corps de la mère. Quant aux jeunes enfants, ils ont rarement besoin de cette plante, bien qu’elle ne soit pas contre-indiquée comme tel.
- Certains effets indésirables peuvent rapidement apparaître si la dose consommée est trop importante. En effet, son action est si marquée que quelques gouttes de teinture en trop peuvent provoquer des symptômes de débordement des toxines, par exemple des comédons, de la diarrhée ou des nausées. Cela se produit généralement lorsque les organes d’élimination, à savoir le foie et les reins, sont surchargés et ne fournissent plus à la tâche.
- Comme la scrofulaire contient des glycosides, une substance qui fortifie le coeur et ralentit son rythme, elle doit être utilisée avec parcimonie chez les personnes souffrant de bradycardie ou autres maladies cardiaques sévères.
- Théoriquement, son effet diurétique peut impacter l’élimination du potassium et du lithium dans le corps. Un ajustement du dosage est possiblement requis, lorsque la plante est consommée régulièrement. (11)
Trouvez l’approche de désintoxication qui vous convient avec notre formation :
(2) altheaprovence.com/scrofulaire-scrophularia-nodosa/
(3) ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC6130519/
(4) pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/22459454/
(5) thenaturopathicherbalist.com/herbs/r-s/scrophularia-nodosa/
(6) pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/22459454/
(7) pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31790767/
(8) lavalheureuse.com/boutique-web/fr/tisane-bio-scrofulaire-noueuse-scrophularia-nodosa-p276/
(9) findmeacure.com/2015/12/14/scrophularia-nodosa/
(10) mountainroseherbs.com/figwort
(11) Gruenwald J et al. PDR for Herbal Medicines, 1st ed. Montvale, NJ : Medical Economics Company, 1998. 1106 p.

Superbe information.
Merci!
Super intéressant!
Mais où se procurer de la teinture de scrofulaire?
Il faut la fabriquer, elle n’est pas disponible sur le marché ! J’en vend parfois sur recommandation à mes clients en consultation, à mon bureau seulement (aucun envoi postal).