
Enrayer les infections à la source
Le sureau est un antiviral sans pareil lorsque l’on souhaite intervenir pour éliminer la grippe et les otites rapidement. Ses tiges creuses nous rappellent sa capacité particulière de désengorger les différents canaux et conduits de l’organisme. Il excelle également à libérer le système respiratoire supérieur du mucus, notamment dans les sinus et les canaux des oreilles. Il favorise le nettoyage du corps en l’aidant à éliminer doucement les toxines depuis ses moindres racoins. C’est aussi un remède sécuritaire de choix pour les femmes enceintes, les jeunes enfants et les nourrissons.
Nom latin : Sambucus canadensis ou nigra
Autres langues : hautbois, sognon (français); elder, alhuren, ellhorn, hylder (anglais); sambuca (espagnol); alhorn, frau holle, hildemoer, schwitztee (allemand); khaman kabir (arabe)
Famille botanique : caprifoliacées
Description : Le sureau est un arbuste atteignant 2 à 3 mètres de haut dont les feuilles, lorsque froissées, émettent une odeur plutôt désagréable. Ses tiges creuses portent de toutes petites fleurs de couleur blanc crème, parfumées, qui apparaissent en ombelles en début d’été. Ses fruits apparaissent sous forme de grappes de petites baies pourpres ou noires de 6 à 8 mm de large, juteuses et sucrées.
Distribution : Sambucus canadensis est originaire de l’Amérique du Nord, couvrant l’espace entre le Nouveau-Brunswick et la Saskatchewan, s’étendant vers le Sud jusqu’en Floride et au Texas. Vers l’Ouest, cette espèce atteint les montagnes du Colorado ainsi que l’Utah et l’Arizona. Sambucus nigra est une espèce européenne et ses propriétés sont à toutes fin pratique les mêmes.
Parties utilisées : On utilise généralement les fleurs et baies du sureau. Nous rapporterons ici les usages des fleurs, lesquels sont généralement interchangeables avec ceux des baies. On peut également utiliser avec parcimonie l’intérieur de l’écorce, les feuilles ainsi que les racines pour certains usages spécifiques.
Constituants : Bien qu’en proportions différentes, les fleurs et les baies contiennent les mêmes composants, à savoir des minéraux (potassium en particulier, ainsi que calcium, fer et phosphore), des vitamines (A, B et C), plusieurs flavonoïdes (rutine, astragaline, nicotoflorine, quercitrine, isoquercitrine, anthocyanine ou sambucine), des huiles essentielles, des triterpènes, des huiles fixes, des glycosides cyanogéniques, des acides gras, plusieurs acides aminés, de l’acide chlorogénique, de la pectine, des mucilages, de la résine, des tanins, du nitrate de potassium et quelques alcaloïdes. (1)
Récolte : Les petites fleurs du sureau sont récoltées vers le mois de juin, quand l’ombelle a entièrement pris une couleur crème et que les fleurs sont à leur maximum d’éclosion. Quant à elles, les baies prennent de 5 à 10 jours à mûrir, une fois les grappes sorties. Celles-ci sont récoltées quand elles sont bien foncées, entre mi-août et mi-septembre. Plusieurs récoltes des fruits peuvent être faites successivement pendant la période de maturité. (2)
Profil ayurvédique
Saveurs principales (rasa) : acide, sucré/doux, astringent (surtout la fleur)
Saveur secondaire (anurasa) : amer
Saveur post-digestive (vipaka) : doux
Caractéristiques (gunas) : léger, mobile
Effet sur les doshas : apaise kapha et pitta, aggrave vata, en excès
Potentiel (virya) : rafraichissant, neutre
Affinité avec organes et tissus (dhatus) : poumons, sang, rakta dhatu
Propriétés médicinales générales
Altératif : Le sureau nettoie peu à peu les tissus moins vascularisés, éliminant doucement les toxines (ama en ayurvéda) profondément enfouies dans l’organisme. Le sureau aide ensuite à les neutraliser via le foie grâce à ses antioxydants ainsi qu’à les éliminer, en particulier via l’urine. Combiné à son effet anti-inflammatoire, ces propriétés servent à réduire les rhumatismes et douleurs musculaires ou articulaires ainsi qu’à soulager la goutte. En cas d’infection, le sureau et son effet altératif et aide l’organisme à éliminer les toxines et l’oxydation qui en résulte. Le sureau est particulièrement indiqué pour les problèmes de peau d’humidité et d’enflure, présentant des bleuissements, en cas d’ulcère suppuratif et également d’eczéma formant des pustules. (3)
Astringent : Les tanins présents dans la fleur de sureau resserrent les tissus et les muqueuses, ce qui est utile pour raffermir la peau et résorber la diarrhée. Des onguents sont préparés à base de sureau pour favoriser la cicatrisation et réduire l’inflammation. On peut préparer des compresses d’infusion froide avec les fleurs pour ensuite les appliquer sur les yeux enflés et bouffis. Le sureau stimule d’abord les sécrétions à cause de son goût acide : salive, sueur et mucus, puis il en assèche l’excédent grâce à ses tanins. La fleur de sureau performe davantage lorsqu’il s’agit d’amoindrir la quantité de mucus ou de larmoiements sécrétés.
Propriétés : système immunitaire
Antiviral et antiseptique : Le sureau démontre des effets antiviraux en général, en particulier contre les grippes et plus précisément contre l’influenza de type A pour les fleurs et de type A ou B pour les baies. Le type A comprend notamment la grippe H1N1. Il désactive les virus, inhibe la réplication virale ainsi que la neuraminidase, réduit l’hémato-agglutination et augmente le facteur de nécrose tumorale, une cytokine impliquée dans la réaction de phase d’infection aiguë. On l’utilise aussi en cas de bronchites, rhumes, rhinite, sinusite, varicelle, rougeole, amygdalite, herpès et d’autres encore car il démontre aussi une certaine action antibactérienne et antifongique. Son action est d’autant plus efficace si le remède est pris dès les premiers stades de la maladie, à petites doses répétées plusieurs fois par jour. (4, 5)
Anti-inflammatoire : Plusieurs propriétés du sureau se combinent pour enrayer les emballements inflammatoires dans l’organisme : il fait circuler les liquides, il est astringent et finalement, un des flavonoïdes qu’il contient, à savoir la rutine, procure dans tout le corps un effet anti-inflammatoire à proprement parler. D’ailleurs, mentionnons que la rutine est réputée réduire les saignements causés par les hémorroïdes. Également, une étude nous informe des bienfaits de la rutine sur les processus d’inflammation chronique et aiguë tel l’arthrose. (6)
Diaphorétique : Le sureau ouvre les pores de peau et favorise le processus de sudation et l’élimination des toxines en cas de fièvre. Légèrement réchauffant dans un premier temps, il aide ensuite à faire circuler la chaleur et à la disperser, contribuant à diminuer l’excès de chaleur. Le sureau a même été utilisé en cas de peste bubonique qui provoquait une fièvre redoutable.
Antioxydant : Les différents flavonoïdes et composés phénoliques contenus dans le sureau bloquent les effets néfastes des radicaux libres et diminuent ainsi les risques d’apparition de plusieurs maladies causées par le stress oxydatif. Par ailleurs, plusieurs études confirment que ces composants protègent les neurones et le système circulatoire de l’oxydation, empêchant les cellules cancéreuses de proliférer, notamment dans les cas de leucémie. (7)
Antihistaminique : Le sureau renferme de la quercétine et de la vitamine C, des composants antihistaminiques qui diminuent l’intensité des allergies saisonnières et environnementales. Ses effets anti-inflammatoire, astringent et désintoxiquant contribuent tous ensemble à réduire réactions allergiques au pollen et à la poussière, notamment.
Propriétés : système respiratoire
Mucolytique : Cet arbuste contribue à contrôler les écoulements nasaux interminables et à régulariser la sécrétion de mucus tout en procurant un certain effet expectorant. L’astringence combinée à l’effet circulatoire et décongestionnant du sureau en fait une plante de choix pour dégager les voies respiratoires, spécialement dans le système oto-rhino-laryngologique (O.R.L) qui correspond aux conduits de la gorge, de la bouche, des sinus et des oreilles. (8)
Propriétés : système cardio-vasculaire
Tonique vasculaire : Son contenu en flavonoïdes, particulièrement concentrés dans les baies, renforcit les parois des vaisseaux sanguins. De plus, le sureau augmente la présence d’oxygène dans le sang. Grâce à son action dissolvante et décongestionnante envers les dépôts et les stagnations dans les canaux du corps, le sureau est un excellent remède pour soigner et fortifier le système circulatoire et prévenir certaines maladies cardio-vasculaires. On le recommande pour aider à soutenir les personnes souffrant d’œdème cardiaque, combinant ses vertus de tonique du système cardio-vasculaires à son astringence.
Propriétés : système urinaire
Diurétique : Il soutient le travail des reins et augmente la quantité d’urine produite, ce qui est bénéfique en cas d’œdème et de rétention d’eau. La haute teneur en potassium du sureau en fait un diurétique sécuritaire à long terme. Cet effet complète sa propriété altérative et le rend utile en cas d’œdème, pouvant même aider un peu les cas d’hydropisie. De plus, il prévient efficacement les pierres au rein. (9)

Propriétés : feuilles, racines et écorce
L’écorce et les racines du sureau contiennent de l’acide hydrocyanique et de la sambucine, des composants très émétiques, empreints d’une certaine toxicité. Ces parties boisées de la plante sont aussi très riches en tanins astringents, donc elles servent à fabriquer des pommades et onguents encore plus performants pour cicatriser les blessures. Cet effet astringent, donc asséchant, est compensé par une certaine émollience au niveau de l’écorce, reconnue comme étant laxative et anti-inflammatoire, par ailleurs.
Les feuilles du sureau procurent un effet diaphorétique rafraîchissant en infusion, tout en étant diurétiques, astringentes, émollientes et laxatives. Elles sont réputées relaxer le système nerveux, par ailleurs, en petites doses de teintures.
Alors que toutes les parties du sureau devraient être consommées transformées (infusées, bouillies, macérées, etc.) et non fraîches, hormis les baies épépinées, ceci s’applique encore davantage aux feuilles, écorce ainsi qu’à la racine.
Folklore et usages traditionnels
L’usage du sureau remontent aux premières mémoires de l’humanité et s’est répandu à travers toute l’Europe et même jusqu’en Inde où il s’est joint à la pharmacopée ayurvédique, bien que méconnu aujourd’hui en Asie du Sud. On a trouvé des traces de sureau et de ses graines dans des sites datant de l’âge de pierre en Italie et en Suisse.
Les amérindiens s’en servaient pour les coliques de bébés, les maux de dents, les empoisonnements, la fièvre, les rhumatismes et les affections respiratoires. Lors d’une cérémonie, ils trempaient leurs grains de maïs dans la décoction de sureau avant de les semer.
Il est dit que cet arbre abrite plusieurs esprits, aussi les gypsies n’utilisent jamais son bois pour faire du feu. On utilise plutôt son bois avec respect et parcimonie pour en faire des baguettes magiques ou des flûtes destinées à appeler les esprits. En lien avec son affinité avec les esprits, le sureau est une plante qui influence le sommeil et les rêves. (10)
Le sureau présente une forte affinité avec les bébés et les enfants, tel que souligné par l’herboriste Matthew Wood et l’homéopathe Chris Hafner qui le destine aux enfants dont les « tubes » ne fonctionnent pas bien, en référence aux tiges creuses de la plante. Il contribuerait à fermer les fontanelles, à renforcir la construction de ses os ainsi qu’à faire circuler les fluides stagnants qui apparaissent sous forme de bleuissements et d’enflures.
Le sureau est une plante de protection que l’on porte sur soi ou que l’on suspend au-dessus des portes et fenêtres. Les Anglais disaient du sureau qu’il n’était jamais frappé par la foudre, ainsi ils le plantaient au milieu du jardin pour le protéger. Le sureau est aussi une plante de prospérité : on le fait pousser prêt de la maison pour y attirer l’abondance. Les couples s’en servent pendant la cérémonie de mariage et les femmes enceintes embrassent l’arbre pour porter chance à leur enfant.
Le porto et les vins de bordeaux ont parfois été frelatés par les européens en ajoutant de la décoction de sureau, si bien que les Portugais interdirent la culture du sureau au 18e siècle. Ainsi, plusieurs effets curatifs observés pour les rhumatismes ont-ils été imputés au porto alors que le sureau en était réellement responsable.
Les insectes semblent s’accorder avec nous sur l’odeur déplaisante des feuilles et la fuient. Une décoction des jeunes feuilles est parfois employée par les gardiniers pour vaporiser sur les boutons de fleur et les plantes délicates contre pucerons et mille-pattes.Dosages et modes d’utilisation
Le sureau est une plante qui convient autant à des usages ponctuels pour prévenir une infections naissante ou calmer des symptômes avérés, qui a un usage long terme pour préserver la santé et éliminer doucement les déchets de l’organisme. Cependant, il faut éviter de le consommer frais pour éviter toute toxicité, à l’exception de son fruit lorsqu’on évite de consommer les pépins.
Infusion (fleurs) : Infuser 2 c. à thé de fleurs sèches par tasse ou 1 c. à table de fleur fraîches pendant 5 minutes et boire 1 à 3 tasses par jour. En cas d’infection aiguë, répartir le dosage et boire jusqu’à 8 demi-tasses tout au long de la journée. Excellent pour traiter les problèmes respiratoires.
Décoction (baies) : Bouillir 1 c. à thé comble de baies séchées par tasse pendant 10 minutes, laisser reposer quelques minutes avant de filtrer et boire 1 à 3 tasses par jour. En cas d’infection aiguë, répartir le dosage et boire jusqu’à 8 demi-tasses tout au long de la journée. On utilise également la décoction pour l’écorce et les racines mais alors il faut les bouillir jusqu’à réduire l’eau de moitié et s’en tenir à des dosages plus modestes.
Teintures, concentré liquide : En teinture d’alcool ou en glycéré, prendre 15 à 45 gouttes de 1 à 4 fois par jour, pour un produit atteignant une concentration de 1:3. Encore une fois, on peut répéter les dosages jusqu’à 8 fois par jour lorsque la situation le demande.
Jus : Il est possible d’extraire le jus des fruits du sureau. Ce produit est maintenant généralement disponible sur le marché. Le dosage dépend de la concentration, variant de 100mL pour le jus pur à une tasse pour les jus dilués, à raison d’une à trois doses par jour voire plus, selon les cas.
Sirop (fleurs et baies) : Des sirops à base de sureau sont également disponibles sur le marché. Il est aussi possible d’en fabriquer soi-même à partir d’une décoction très concentrée des baies et des fleurs, ajoutant ensuite de l’alcool 40% et du miel en proportions égales. Suivez la posologie indiquée sur le produit mais sachez qu’il est souvent possible de la répéter plusieurs fois par jour, au besoin.
Onguent : Anciennement, on fabriquait un onguent des feuilles de sureau pour soigner les blessures, les brûlures et les coupures, pour bénéficier de ses effets anti-inflammatoire et astringent.
Précautions et contre-indications
- Règle générale, les diverses parties du sureau doivent être, séchées puis infusées, bouillies, macérées ou transformées d’une quelconque manière pour les rendre digestes, à l’exception des baies fraîches épépinées ou de leur jus.
- Il est arrivé que le fruit cause des maux de ventre, surtout à cause de ses pépins. Avant d’être mûr, le fruit n’est pas comestible, il pourra causer indigestion, diarrhée ou même confusion ; la cuisson et le séchage éliminent les traces de toxicité dans le fruit mûr. (11)
- Les feuilles et les pousses sont potentiellement toxiques et leur utilisation est limitée, il arrive notamment que les feuilles causent une irritation cutanée en utilisation topique.
- L’écorce du sureau est contre-indiquée en cas de grossesse et elle peut en tous les cas causer des vomissements en trop grandes doses.
- Le fruit du sureau rouge, espèce voisine, est toxique.
- Attention en cas de fièvre très intense, le sureau augmente temporairement et légèrement la température avant de la faire redescendre, probablement à cause de son effet altératif.
- En excès : anxiété, rougeurs au visage, sécheresse des muqueuses de la bouche et de la gorge, palpitations cardiaques, douleurs rhumatismales et sudation.
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(2) afsq.org/wp-content/uploads/2017/07/sureau_du_canada
(3) Sardi, B.Iron : too much of a good thing. Nutrition Science News, June 2000 : 1-5.
(4) pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/12455180/
(5) Buhner, S.H. Herbal antivirals : natural remedies for emerging & resistant viral infections. North Adams, MA : Storey, 2013. 409 p. ISBN 9781612121604
(6) pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/11680812/
(7) Muhire, E. Caractérisation des propriétés antiprolifératives des extraits de baies et fleurs de sureau sur des modèles de cellules cancéreuses et endothéliales de cerveau. Mémoire. Montréal, Université du Québec à Montréal, 2017. 93 p.
(8) www.creapharma.ch/sureau.htm
(9) pfaf.org/user/Plant.aspx?LatinName=Sambucus+canadensis
(10) Wood, M. The book of herbal wisdom : using plants as medicine. Berkeley, North Atlantic books, 1997. 580 p. ISBN 9781556432323.
(11) www.creapharma.ch/sureau.htm
