
Pour les inflammations en tout genre
L’aloès est surtout connu pour le gel interne de ses feuilles, émollient et rafraîchissant, idéal pour soigner les inflammations de la peau ou les brûlures. En effet, c’est un incontournable de la pharmacie familiale et il sert à fabriquer des crèmes hydratantes. En ayurvéda, le gel d’aloès se prend en interne pour désintoxiquer l’organisme et soutenir le foie, mais aussi comme tonique du système reproducteur féminin. Quant au latex d’aloès, issu de la partie verte des feuilles, on l’utilise plutôt pour son effet laxatif marqué.
Nom latin : Aloe vera ou barbadensis
Autres langues : kumari (qui signifie « jeune fille vierge » en sanskrit), musabhar, elva, dekvara (hindi), indian aloe, aloe (anglais), lu hui (chinois)
Famille botanique : aloeaceae, liliacées
Description : L’aloès est une plante succulente vivace mesurant de 30 à 60 cm de haut, aux racines relativement petites. Sur une tige épaisse et courte, ses longues feuilles charnues et vert pâle, lancéolées et bordées de piquants blanchâtres sont enchâssées directement les unes dans les autres en alternance ou en rosette, pour les plants matures. L’aloès fleurit en hiver ou au printemps, produisant une inflorescence verticale pouvant atteindre 1,5 m de hauteur, se couvrant de fleurs jaunes et tubulaires. Le fruit de ses fleurs est une capsule. La pulpe des feuilles est gélatineuse et translucide.
Distribution : L’aloès a été naturalisé au fil des siècles dans de nombreuses régions du monde ayant un climat chaud et sec. Il pousse dans les sols sablonneux et supporte bien la sécheresse. Par ailleurs, on le rencontre jusqu’à 1500 m d’altitude. Son aire de répartition inclut notamment les pays méditerranéens, l’Afrique du Nord, les Canaries et le Cap-Vert, mais aussi la Réunion et les Caraïbes, l’Inde, la Chine et d’autres pays d’Asie, ainsi que l’Amérique du Sud et le Mexique. L’aloès est également cultivé comme plante d’intérieur un peu partout dans le monde.
Parties utilisées : Ce sont les feuilles de l’aloès qui sont utilisées, sous deux formes aux propriétés bien distinctes : le gel interne (pulpe des feuilles) et le latex, ou « filet intérieur », situé entre la pulpe et la peau. Nous détaillons donc dans cet article les différentes propriétés de chacune de ces deux parties.
Constituants : Les principales composantes de cette plante sont les polysaccharides, dont l’acémannan, une vingtaine d’acides aminés, de nombreux minéraux et oligoéléments (phosphore, potassium, calcium, sélénium, manganèse, zinc, cuivre, fer), des enzymes et des vitamines (A, C, E, choline, acide folique, B1, B2, B3, B6 et B12, notamment) ainsi que de l’acide salicylique. Plus spécifiquement, le latex de l’aloès contient surtout des anthraquinones : aloïne, barbaloïne, aloe-émodine et chrysophanol glucoside, entre autres. (1)
Récolte : Idéalement, on récolte la feuille d’aloès en milieu d’après-midi. On peut prélever 2/3 de la longueur d’une feuille sans endommager la plante. Pour recueillir le gel, on coupe la feuille en quatre dans le sens de la longueur, puis on insère un couteau entre la pulpe et la peau. Il faut cependant prendre soins de ne pas toucher au « filet intérieur » qui sépare la peau de la pulpe. Ce gel se conserve plusieurs jours au réfrigérateur.
Gel de l’aloès
Profil ayurvédique
Saveurs principales (rasa) : amer, astringent, piquant, doux
Saveur post-digestive (vipaka) : doux
Caractéristiques (gunas) : lourd, onctueux, visqueux
Effet sur les doshas : tridoshique, apaise surtout pitta
Potentiel (virya) : rafraîchissant
Affinité avec organes et tissus (dhatus) : peau et muqueuses (mamsa), sang, foie et rate (rakta), système reproducteur féminin (shukra), système immunitaire (ojas)
Propriétés médicinales générales
Régénérateur : Très riche en antioxydants, minéraux, vitamines, acides aminés essentiels et en enzymes, le gel d’aloès utilisé autant en externe qu’en interne possède des affinités remarquables avec les divers tissus de l’organisme et il stimule le renouvellement cellulaire.
Anti-inflammatoire : Les anthraquinones aloe-émodine et aloïne présents dans la plante, lorsque métabolisés dans le corps, produisent des salicylates, qui ont pour effet de réduire les inflammations. Cela sera utile autant en externe au niveau de la peau qu’à l’interne pour le système digestif, notamment dans les cas d’ulcères ou d’acidité gastrique.
Altératif : Par ses effets amer et émollient, le gel pris en interne stimule en douceur l’élimination des toxines (ama) par le foie et les intestins, tout en protégeant ces organes de l’inflammation. Par ailleurs, on l’utilise comme laxatif doux pour soulager la constipation, bien que le latex, abordé ci-après, soit plus efficace pour aborder franchement cette problématique.
Immunostimulant : Le jus d’aloès soutient notamment le système immunitaire en augmentant la production de macrophages, conduisant à une sécrétion accrue de cytokines. Plusieurs études suggèrent qu’il peut agir en tant qu’agent anticancéreux et antiviral. Notamment, des composantes du gel empêchent certaines substances cancérigènes d’entrer dans le foie. (2, 3)
Propriétés : système tégumentaire
Émollient et hydratant : Le gel appliqué en externe apaise l’inflammation des tissus et des muqueuses, notamment par l’action des mucilages et des anthraquinones, combinée à sa haute teneur en eau (96%).
Vulnéraire : Les composés antiseptiques et résolutifs de cette plante aident à la cicatrisation des plaies mineures (abrasion, écorchures) et des brûlures. D’ailleurs, cette propriété est utile en soins post-chirurgicaux et post-radiations.
L’utilisation du gel d’aloès pour apaiser les coups de soleil est bien connue. Pour sa nature rafraîchissante, on l’utilise aussi dans divers cas d’inflammation de la peau : eczéma, psoriasis, acné, urticaire, herpès, hémorroïdes, ainsi que pour soigner les ulcères aux membres inférieurs, chez les personnes diabétiques.
Propriétés : système reproducteur et urinaire
Tonique du système reproducteur féminin : En interne, le jus d’aloès régularise les cycles menstruels, notamment par sa propriété emménagogue. De plus, il stimule l’afflux de sang à l’utérus, un effet utile en cas de dysménorrhée ou d’aménorrhée, souvent associé au shatavari à cette fin. (4)
Litholithique : Puisque le gel d’aloès stimule la croissance de cellules saines, il agit en tant que tonique des reins tout en freinant la croissance et l’apparition des calculs rénaux, grâce à sa propriété résolutive.
Latex de l’aloès
Profil ayurvédique
Saveurs principales (rasa) : amer, astringent, piquant
Saveur post-digestive (vipaka) : piquant
Caractéristiques (gunas) : visqueux, lourd
Effet sur les doshas : apaise kapha, aggrave vata et pitta, en excès
Potentiel (virya) : rafraîchissant
Affinité avec organes et tissus (dhatus) : intestins, foie et vésicule biliaire, reins
Propriétés : système digestif
Laxatif et cathartique : L’aloïne et les anthraquinones contenues dans le latex d’aloès stimulent le péristaltisme du gros intestin. Cela accélère l’expulsion des selles de façon assez marquée. En cas de constipation, c’est d’ailleurs la principale raison d’utiliser cette partie de la plante. (5)
Cholagogue : Cet effet spasmodique du latex a également une action sur la vésicule biliaire, la contractant et permettant l’expulsion de la bile par le foie vers les intestins.
Hypoglycémiant : Les anthraquinones contenus dans le latex ont un aussi effet régulateur sur la synthèse de l’insuline par le pancréas, pouvant ainsi réduire le taux de glycémie sanguin.
Propriétés : système urinaire
Lithothritique et litholitique : Ces mêmes anthraquinones se lient au calcium dans les canaux urinaires et contribuent de cette manière à réduire les calculs rénaux et à prévenir leur formation. (6)
Propriétés : système musculosquelettique
Vulnéraire : En application externe, le latex de la plante accélère le processus de réparation des fractures. Aussi, différentes études suggèrent que l’aloès diminue la cascade inflammatoire et améliore l’absorption des vitamines C et E, ce qui accroît la production de collagène et favorise la santé des os. (7, 8)
Folklore et usages traditionnels
Cultivé et connu depuis l’Antiquité pour ses propriétés médicinales, notamment en Mésopotamie et en Égypte, mais aussi en Afrique du Nord, l’aloès est considérée comme une plante protectrice et bienfaisante pour la maisonnée. On l’associe à la lune et à l’élément « eau ». En Afrique, on accroche ses branches au-dessus du seuil pour éloigner les mauvais esprits et attirer la chance. (9)
Dosages et modes d’utilisation
Le gel d’aloès commercialisé possède une texture plus liquide que la pulpe brute. On le trouve sous forme de jus d’aloès ou de gel buvable (usage interne) ou en gel plus épais, pour application topique (usage externe). Ce gel plus épais contient souvent un agent gélifiant ajouté, qui accentue son effet émollient sur les muqueuses.
Le suc extrait de la feuille d’aloe vera, généralement appelé latex d’aloès, s’utilise séché, sous forme de poudre. Cette substance très amère est connue en anglais sous le nom de « aloe bitters ». Certains modes de préparation incluent le filet intérieur qui sépare la peau de la pulpe, possédant à la fois les propriétés du gel et de la sève. Le dosage dépend de l’effet recherché dans le corps. (10)
Gel frais, usage externe : Appliquer une noix de gel, renouveler au besoin. Les tanins présents dans le gel qui lui confère son astringence, ont tendance à « tirer » la peau en séchant, mais on peut le mélanger avec un hydrolat apaisant (lavande aspic, lavande officinale, hamamélis) ou encore une huile infusée de calendule ou de millepertuis à parts égales, selon les besoins. À utiliser en cas de coups de soleil, brûlures, éruption d’herpès ou pour favoriser la cicatrisation des plaies mineures.
Gel frais, usage interne : Pour un effet tonique général de l’organisme, prendre de 1 à 2 c. à s., deux fois par jour. Pour des troubles du foie, pour une désintoxication ou pour traiter les déséquilibres hormonaux, consommer 50ml à 200ml de gel trois fois jour avec, selon les cas, du jus de pommes, de grenade ou de canneberges, pendant 2 à 3 semaines. Pour réduire l’acné, prendre 50ml de gel avec 100ml de jus de carottes. Pour profiter de son effet laxatif doux, il faudra boire de 30ml à 50 ml de gel d’aloès une à deux fois jour, mélangé à 1 à 2 c. à t. de curcuma en poudre.
Jus : Pour les patients atteints de VIH, on recommande de prendre une dose de 250 mg d’acémannan quatre fois par jour. Cela représente environ 500 ml de jus d’aloès.
Cosmétiques : Le gel d’aloès est une base idéale pour de nombreux produits de soins corporels, grâce à ses gunas onctueux et visqueux. Cette combinaison permet d’incorporer l’huile et l’eau, tout en facilitant leur pénétration dans l’épiderme. On peut facilement en faire une crème hydratante en mélangeant le gel à une petite quantité d’huile végétale, choisie en fonction de la problématique à traiter.
Latex en poudre : Prendre une seule dose au coucher, quelques heures précédant ou suivant la prise de médicaments ou de produits de santé, deux à trois fois par semaine ou au besoin. Prendre de 50 à 200 mg de latex séché. Allouer de 6 à 12 heures pour obtenir l’effet souhaité sur l’élimination. Pour profiter de ses agents hypoglycémiant, consommer 2,5 mg de latex séché par jour.
Précautions et contre-indications
- Les recherches divergent, dans certain cas, il a été observé que l’application du gel directement sur une plaie ouverte a fini par retarder le processus de cicatrisation.
- Dû à son action emménagogue, le gel à l’interne est déconseillé pendant la grossesse. On déconseille encore plus la consommation du latex d’aloès lors des grossesses, car les anthraquinones qui le composent contiennent des substances possiblement mutagènes et génotoxiques pour le fœtus. Le latex est aussi à éviter pendant l’allaitement, car ses molécules passent dans le lait maternel. Par ailleurs, on l’évite en cas de règles abondantes ou de pertes entre les menstruations.
- Certaines personnes ressentent des irritations ou des spasmes intestinaux s’il y a présence du filet intérieur dans le gel buvable ou dans le gel frais récolté soi-même. Éviter complètement le latex en cas d’inflammation de l’estomac ou des intestins, notamment en présence d’ulcère ou de la maladie de Crohn.
- En interne, le gel d’aloès accroît l’effet hypoglycémiant du médicament Glyburide. En externe, il bonifie l’effet anti-inflammatoire de l’hydrocortisone.
- Quant au latex, dû à son effet laxatif, une consommation excessive peut entraîner une carence en potassium, ou aggraver la perte de potassium suscitée par les corticostéroïdes ou des substances très diurétiques. Ceci augmente potentiellement la toxicité des glucosides cardiaques et des médicaments contre l’arythmie.
- Enfin, la réduction du temps de transit peut théoriquement diminuer l’efficacité d’absorption des médicaments à prise orale.
Pour en apprendre davantage sur l’usage des plantes en ayurvéda, procurez-vous notre formation :
(2) ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC8291210/
(3) Balch, P. A. Prescription for Herbal Healing. 1st ed. New York : Avery, 2002, 560 p. ISBN 9780895298690.
(4) Frawley, D. et V. Lad. The yoga of herbs. 2nd ed. Twin Lake : Lotus press, 2008, c2001. 265 p. ISBN 9780941524247.
(5) Singh Khalsa, K.P. et M. Tierra. The way of ayurvedic herbs. Twin Lake : Lotus press, 2008. 372 p. ISBN 9780940985988.
(6) Locong, A. et D. Ruel. Guide des interactions médicaments, nutriments et produits naturels. 2e éd. Québec : Presses de l’Université Laval, 2003. 532 p. ISBN 2763778887.
(7) pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30994771/
(8) pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/16323295/
(9) naturalnews.com/054275_Aloe_vera_natural_medicine_superfood.html
(10) Singh Khalsa, K.P. et M. Tierra. The way of ayurvedic herbs. Twin Lake : Lotus press, 2008. 372 p. ISBN 9780940985988.
