
Systèmes et passages à travers lesquels la matière circule
Les shrotas sont les canaux et les capillaires de l’organisme. Le terme indique le lieu où quelque chose doit circuler. Par exemple, prana vaha shrota signifie « là où l’énergie circule ». Ces canaux s’étendent d’un bout à l’autre de l’organisme pour y transporter les éléments essentiels à sa pérennité.
Les shrotas correspondent aussi grossièrement aux systèmes de l’organisme selon les conceptions modernes du sujet. Ils comportent une ouverture (shroto mukha), un passage (shroto marga) ainsi qu’une racine (shroto mula). On peut lire dans le Charaka Samhita l’expression : Sravanaat shrotamsi (30:12), « ce à travers quoi circulent les substances ».
Gangadhara et Chakrapani, anciens commentateurs du Charaka Samhita, affirment que les éléments qui composent les tissus de l’organisme sont transportés à l’intérieur de canaux appelés shrotas. Ceux-ci forment l’espace où la matière circule pour former ou déconstruire les tissus du corps, lesquels sont appelés dhatus en ayurvéda. L’aspect des shrotas varie, le Charaka Samhita spécifiant qu’à chaque structure du corps correspond un type et une forme de shrotas particulière.
Les shrotas sont formés de dhatus, en grande partie mamsa dhatus soit les tissus musculaires, fascias et tissus conjonctifs de l’organisme. À leur tour, les dhatus sont irrigués par les innombrables shrotamsi que sont les microcapillaires sanguins et les espaces interstitiels dans lesquels baignent les cellules.
Principales catégories
On peut les diviser grossièrement en deux catégories principales selon leur position dans l’organisme :
Bahirmukha shrotas : Les canaux qui donnent sur l’extérieur, les ouvertures et sphincters externes : 2 narines, 2 oreilles, 2 yeux, bouche, urètre et l’anus ainsi que 3 supplémentaires pour les femmes soit les mamelons et le cervix, auxquels s’ajoutent les innombrables sukshma shrotas ou pores de la peau.
Antarmukha shrotas : Les canaux qui donnent sur l’intérieur de l’organisme, comme l’estomac et le pylore, les artères coronariennes, les néphrons du reins et autres structures internes. Ces shrotas internes correspondent aussi aux divers systèmes de l’organisme tels qu’énumérés plus bas.
Les problématiques et pathologies affectant les shrotas
Dès les stades initiaux du processus de genèse des maladies, les toxines métaboliques (appelées ama) envahissent d’abord les petits capillaires. Les déséquilibres de nature fonctionnelle affectent d’abord les shrotas. Les déséquilibres structurels, comme la déformation d’un organe lui-même ou une blessure, affectent d’abord les dhatus.
Lorsque les shrotas deviennent dysfonctionnels ou défectueux, on parle alors de shroto dushti. Diverses catégories de problématiques sont susceptibles d’affecter les shrotas :
Problématiques fonctionnelles
Ati pravrutti : Flot excessif, hyperfonction du shrotas, ex. diarrhée, sudation abondante, appétit excessif. Sanga : Stagnation, hypofonction du shrotas, ex. constipation, congestion pulmonaire, artériosclérose.
Problématiques structurelles
Sira granthi : Tumeur, excroissance, ex. kystes, diverticules, sténose spinale, maladie de Forestier.
Vimarga gamanam : La matière circule dans le mauvais sens par le mauvais passage, ex. œdème, perforations, hémorrhagies, sperme dans l’urine.
Causes héréditaires (relatives à prakriti*, la nature de la personne)
Kulaja : Causes génétiques ; l’ayurvéda reconnaît l’existence de facteurs l’héréditaires.
Sahaja : Certains facteurs étiologiques pendant la grossesse comme l’alimentation et le mode de vie de la mère peuvent affecter le développement du fœtus.
Causes circonstancielles (relatives à vikriti*, l’état de la personne)
Doshaja : L’environnement, les actions, l’alimentation et le mode de vie qui déséquilibrent les doshas peuvent affecter les shrotas.
Abhigata : Trauma subit à cause d’un accident peut laisser des séquelles physiologiques affectant les shrotas.
Purva vyadhi : Prédisposition à des problèmes aux shrotas dû à l’empreinte d’une maladie précédemment contractée.
(*) Pour plus détails sur les concepts de prakriti et vikriti, consultez l’article Distinguer nature et état.
Les systèmes de l’organisme
Nous avons mentionné précédemment que les shrotas identifiés en ayurvéda correspondent bien aux systèmes de l’organisme identifiés par la science médicale contemporaine. Cet état de fait facilite les correspondances et les collaborations entre les systèmes de médecines contemporains et l’ayurvéda.
Les systèmes de l’organisme et leurs fonctions sont associées aux antarmukha shrotas, les shrotas internes que l’on appelle aussi yoga vahi shrotas. Ceux-ci véhiculent la matière à l’intérieur de l’organisme. Le classique Charaka Samhita reconnait 13 différents antarmukha ou yoga vahi shrotas :
- Prana vaha shrota : système respiratoire
- Anna vaha shrota : système digestif
- Udaka vaha shrota : système gestion hydrique
- Rasa vaha shrota : système lymphatique
- Rakta vaha shrota : système circulatoire
- Mamsa vaha shrota : système musculaire
- Medo vaha shrota : système tissus adipeux
- Asthi vaha shrota : système squelettique
- Majja vaha shrota : système nerveux
- Shukra vaha shrota : système reproducteur
- Mutra vaha shrota : système urinaire
- Purisha vaha shrota : système excrétoire
- Sveda vaha shrota : système tégumentaire
Les parallèles ont tout de même quelques limites. Par exemple, le système immunitaire n’y figure pas car l’ayurvéda situe plutôt l’immunité comme une résultante. L’immunité découle d’un état de santé généré par une vie équilibrée qui favorise des tissus sains, un contexte où s’accumule peu à peu l’énergie vitale appelée ojas en ayurvéda. Nous pourrions aussi relever que les systèmes digestif, nerveux et respiratoire sont les principaux à systèmes à entretenir pour renforcir l’immunité.
