
Aux sources des cinq couches de l’être
Les quatre Védas sont les textes les plus anciens de l’Inde. La majorité des hindous les considèrent aussi comme étant sacrés. En effet, ils sont considérés comme des écrits fondamentaux à la source de plusieurs traditions hindoues, décrivant une multitude de rituels, d’hymnes et de propositions philosophiques.
Chacun de ces textes est divisé en quatre parties :
- Le Samhita, qui contient des hymnes et des prières
- Le Brahmana, composé d’instructions pour la conduite des rituels et cérémonies
- Les Aranyakas, ou textes de la forêt, contenant des méditations et des réflexions
- Les Upanishads, qui présentent des enseignements philosophiques
Les Upanishads constituent le cœur métaphysique du Védanta, un terme signifiant littéralement « la fin des Védas ». Composées de plus de 200 textes, rédigés principalement en Sanskrit, entre 800 et 200 ans av. J.-C., les Upanishads forment la partie la plus spirituelle des Védas, explorant des questions profondes sur la nature de la réalité et l’introspection du soi, par la méditation et l’inquisition philosophique.
Les Upanishads ne sont pas des manuels religieux, mais plutôt des dialogues philosophiques entre des guides spirituels et leurs disciples, poursuivant des objectifs de connaissance intérieure et de libération (moksha). Ces textes enseignent que le Soi individuel (Atman) est lié à l’Absolu, au Grand Tout (Brahman), parfois surnommé l’Âme Universelle.
Enfin, c’est dans la Taittirya Upanishad, datant du 6e ou 7e siècle av. J.-C., que l’on retrouve la proposition métaphysique des cinq couches de l’être. Cette Upanishad affirme notamment que, au-delà du physique, de l’énergie et de l’esprit, se trouve la nature véritable du Soi, qui est une félicité profonde. Dans la seconde partie du Taittirya Upanishad, Anandavalli, on y présente la théorie des cinq koshas, ou enveloppes subtiles de l’être.
Les cinq enveloppes subtiles de l’être
Selon ces textes philosophiques, la perception que nous avons de nous-mêmes est composée du corps physique, de l’esprit et de l’âme individualisée, auxquels s’ajoutent un « corps » énergétique, ainsi qu’un « témoin intérieur », associé à la « connaissance supérieure », aux intuitions qui nous guident.
Ces cinq « couches » ou « enveloppes », appelées « koshas » en sanskrit, représentent divers aspects de l’incarnation, lesquels sont présentés du plus grossier au plus subtil, dans le Taittirya Upanishad :

Dans ce contexte, le terme « maya » signifie aussi bien « fait de », « consiste en » que « irréalité » ou « illusion ». Les « éléments » mentionnés, quant à eux, font référence au pancha mahabhutas, soit les cinq Grands Éléments exposés dans la métaphysique Samkhya.
Dans les philosophies du yoga et du Védanta, ces enveloppes sont communément utilisées pour tracer un chemin permettant de retrouver la véritable nature du Soi (Atman). Chaque kosha représente un niveau successif d’expansion vers la conscience pure, où le corps et l’esprit deviennent de plus en plus subtils, préparant l’individu à la réalisation du Soi suprême (Brahman).
Retrouver sa connexion au Grand Tout
L’enveloppe physique corporelle, constituée par la matière et composée de nourriture, forme la base concrète de l’existence. Le corps énergétique relie ensuite le corps physique aux dimensions subtiles, véhiculant les perceptions sensorielles. Vient ensuite l’esprit, lequel interagit avec les perceptions des sens, formant des pensées, ainsi que des émotions. L’esprit est donc considéré ici comme étant le siège des impressions transitoires, observées par la conscience.
Puis, la « supra-conscience » opère le discernement qui permet d’élever l’esprit jusqu’à la connaissance supérieure, apparaissant parfois sous forme d’intuitions. Enfin, vient le corps causal (karanasarira , le « corps qui fait ») qui nous relie à l’âme individualisée, elle-même reliée à l’Âme Universelle, au Grand Tout.
Selon cette vision philosophique et spirituelle, cette conscience de l’unité permet de goûter à l’extase spirituelle, à la béatitude, en nous élevant au-dessus des tribulations et des souffrances propres à l’incarnation physique.
Les cinq koshas et l’ayurvéda
En ayurvéda, nous sommes invités à considérer la théorie des cinq koshas qui suggère que notre connexion à nous-même et à notre Soi véritable est essentielle au bien-être. Cette perspective philosophique propose que les aspects subtils exerceraient une influence plus importante sur notre état d’être que les aspects physiques ou même énergétiques.
Ainsi, la théorie des « avarodhas » terme signifiant littéralement « trauma », « blocage », « obstruction », « blessure », « réclusion » et/ou « recouvrement » offre des pistes pour articuler l’influence des dimensions subtiles sur les dimensions concrètes de l’existence. La notion d’avarodha fait aussi appel aux trois doshas pour mieux expliquer comment les blocages et traumas intérieurs se traduisent dans notre esprit, notre énergie et enfin dans notre réalité physique.
Pour plus de détails à ce sujet, consultez notre article Masques et traumas en ayurvéda. Les notions explorées dans ces articles sont aussi abordées dans le cadre de nos formations sur les fondements de l’ayurvéda, ainsi que sur l’histoire de l’ayurvéda et la métaphysique Samkhya.
La métaphysique Samkhya est l’une des six grandes écoles philosophiques classiques de l’Inde et son influence sur la pratique de l’ayurvéda ainsi que sur la pensée indienne est très importante. La compréhension de la philosophie Samkhya est utile pour bien saisir la perspective des auteurs des textes ayurvédiques anciens, permettant une meilleure interprétation de leur contenu.
