
L’ayurvéda, un terme sanskrit signifiant littéralement la « science de la vie », est considéré comme la principale médecine traditionnelle de l’Inde. Cette approche naturelle, holistique et personnalisée cumule des milliers d’années d’histoire. Elle combine aussi de nombreuses sources, offrant un langage commun pour les articuler.
Les racines de l’ayurvéda
Au fil de nombreux siècles, l’ayurvéda s’est enrichi d’une variété de cultures et de peuples autochtones au sous-continent indien. Les populations dites « tribales » vivent aujourd’hui dans des régions rurales, forestières et montagneuses. Au recensement de 2011, la population indienne comprenait 104 millions d’individus appartenant à ces peuples appelés adivasis.
L’auteure K.P. Girija cite plusieurs érudits célèbres en Inde (Varier 1980, Panikkar 1995, Sujatha et Abrahams 2009) qui attestent que les institutions ayurvédiques émergent en fait de la consolidation et de l’interaction d’une variété de pratiques thérapeutiques. Jusqu’à ce jour, ces soins naturels se perpétuent encore aux quatre coins de l’Inde. (1)
L’ayurvéda classique est une pratique académique et standardisée, comparativement à ces approches hétéroclites, principalement basées sur des traditions orales. L’appellation nattu vaidya regroupe aujourd’hui les praticiens en marge du système ayurvédique contemporain, souvent issus des peuples adivasis.
L’émergence de l’ayurvéda classique
Au fil du temps, une science commune, rédigée à l’aide d’un vocabulaire précis et universel, a assimilé ces pratiques variées. Cette tradition académique facilita un cumul du savoir ainsi que sa transmission standardisée, au profit des masses. Il n’en demeure pas moins que l’expertise transmise de « maître à élève », le guru-shishya parampara, s’est poursuivi parallèle, préservant un savoir-faire inégalé.
L’origine de l’ayurvéda académique remonte approximativement entre 1500 et 1000 avant notre ère, alors que Punarvasu Atreya organise une congrégation sur les contreforts de l’Himalaya. À cette occasion, les plus grands scientifiques et praticiens en soins naturels des contrées environnantes se réunissent en grand nombre. (2)
Préoccupés de voir les populations quitter les forêts pour s’accumuler dans les villages, ces sages illustres prédisent que le stress deviendra la cause principale des problèmes de santé dans le futur. En effet, les habitants de vallées situées au pied de l’Himalaya commencent alors à souffrir de maladies variées. On attribue alors leur état à leur alimentation impropre, ainsi qu’à la pollution de leur air et de leur eau.
Il apparut nécessaire de formuler des bases explicites pour constituer une « science de la vie ». Ainsi, le tout premier texte consacré entièrement à l’ayurvéda fut commissionné. Il s’agit du légendaire Brahma sutras, aussi connu sous les noms d’Atreya ou Agnivesha samhita.
Bien qu’il n’ait jamais été retrouvé dans son intégralité, sa rédaction a été inférée par les nombreuses références des textes classiques qui l’ont succédé. Ainsi, personne ne dispute de sa réalité historique et nous disposons de plusieurs citations de ce texte.
Entre les 6e et 2e siècle avant J.-C, le mythique personnage historique nommé Charaka a revisité le contenu de l’Agnivesha samhita, donnant naissance au Charaka samhita. Drdhabala rédiga la version finale de ce texte au 4e siècle de notre ère, constituant le plus ancien texte ayurvédique complet encore accessible aujourd’hui.
La naissance de l’ayurvéda moderne
Le Congrès National Indien, fondé à Bombay (Mumbai) en 1885, devint l’embryon de l’État moderne qu’est devenu l’Inde, indépendante depuis 1947. Dès 1920, le Congrès instaure la médecine ayurvédique en tant système de santé national indien.
En 2014, le département AYUSH (Ayurvéda, Yoga, Unani, Siddha et Homéopathie) est promu au rang de ministère en Inde. À l’échelle nationale, plus de 180 établissements offraient alors des diplômes en médecine ayurvédique : B.A.M.S. ou Bachelor of Ayurveda, Medicine and Surgery.
Pour recevoir ce titre, les praticiens ayurvédiques reconnus par le gouvernement suivent une formation de plus de 4 ans. Ces praticiens, également formés en biologie et pathologie, sont officiellement des « médecins » ayurvédique, selon l’État indien.
Le rayonnement international de l’ayurvéda
Un rapport de l’OMS réalisé en 2018 démontre que 80% de la population indienne et népalaise utilise l’ayurvéda régulièrement, sous une forme ou une autre. Son rayonnement s’étend bien au-delà de ses frontières, non seulement en Asie du Sud mais aussi à travers le monde. (3)
Comme à l’époque de ses origines, l’ayurvéda fleurit encore aujourd’hui par-delà les frontières de l’Inde, à travers tout le sous-continent indien. En 2026, le marché mondial de l’ayurvéda dépasse les 20 milliards de dollars américains et certaines sources prédisent son décuplement dans la prochaine décennie. (4)
Certaines vedettes auront aussi contribué à faire connaître l’ayurvéda à l’international. On pense ici à Baba Hari Dass dans les années 1970, Maharishi Mahesh Yogi dans les années 1980, Deepak Chopra dans les années 2000 et Baba Ramdev dans les années 2010.
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L’ayurvéda dans la francophonie
En Amérique et en Europe, de nombreux professionnels de santé se forment à l’ayurvéda pour diversifier et approfondir leurs compétences, vers une approche holistique et personnalisée de la santé.
En Europe, la première clinique ayurvédique ouvre ses portes en Suisse en 1987 par Maharishi Mahesh Yogi. En 2015, le gouvernement Suisse a même introduit un diplôme fédéralement reconnu en ayurvéda.
L’ayurvéda en France
En France, même si l’ayurvéda n’a aucun statut officiel réglementé, l’engouement y est croissant. On y considère l’ayurvéda, tout comme la naturopathie, comme une « une pratique non conventionnelle en santé », et donc une « profession libérale non réglementée ». Les thérapeutes exercent en tant que professionnels du bien-être et peuvent être salariés ou former une entreprise.
Par ailleurs, certaines mutuelles d’assurances proposent des forfaits dédiés aux médecines douces et thérapies naturelles, incluant l’ayurvéda. La demande croissante pour les thérapies ayurvédiques est un incitatif pour que cette offre se développe davantage. (5)
L’ayurvéda au Québec
Au Québec, l’ayurvéda n’est pas davantage légalement encadré en tant que profession de la santé. De même, les approches telles que la naturopathie et l’herboristerie ne sont pas officiellement reconnues. Les personnes qui œuvrent dans ces domaines opèrent en tant que simples travailleurs autonomes ou salariés.
Toutefois, les thérapeutes ayurvédiques québécois ont l’option de se joindre à des associations professionnelles. Celles-ci sont reconnues par plusieurs compagnies d’assurance. Cela permet aux thérapeutes en santé naturelle d’émettre des reçus d’assurances éligibles, selon les couvertures de leurs clients.
Chaque compagnie d’assurance étant responsable de la définition de ses termes, plusieurs acceptent les reçus en naturothérapie. Néanmoins, certaines n’acceptent que des reçus en naturopathie.
Les thérapeutes ayurvédiques, en France comme au Québec, doivent simplement respecter les prérogatives des ordres professionnels. Ainsi, ils ne peuvent émettre de diagnostic ou de prescription et ne peuvent traiter de maladies physiques ou psychologiques. Enfin, ils doivent s’abstenir de se prononcer sur les suivis médicaux.
Pour en savoir davantage :
L’essor de l’ayurvéda
S’ils respectent les lois en vigueurs, les thérapeutes ayurvédiques sont tout à fait libres d’offrir leurs recommandations. Ils peuvent ainsi accompagner les personnes en quête de mieux-être. Les consultations ayurvédiques offrent un cadre idéal pour adapter les approches naturelles à la nature et aux circonstances uniques propres à chaque personne.
Que ce soit au Québec, en France, ou encore dans l’ensemble de la francophonie et dans le monde, l’ayurvéda est en pleine expansion. Lorsque l’on constate la popularité du yoga, alors qu’environ une personne sur six en Amérique du Nord pratique le yoga au moins une fois par an, on peut estimer que l’essor de l’ayurvéda ne fait que commencer !
(2) Charaka samhita, sutrasthana, vol. 1, 1:6-14
(3) OMS.Rapports et statistiques sur l’intégration des médecines traditionnelles en Asie du Sud. Genève : OMS, 2018.
(4) market.us/report/ayurveda-market/
(5) mutuellessante.info/assurance-et-medecine-ayurvedique-etat-des-lieux-en-france/
(6) cdc.gov/nchs/products/databriefs/db501.htm

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