
Le lien entre l’ayurvéda et le yoga est indéniable : il se découvre de manière différente selon notre perspective, que l’on passe de l’ayurvéda au yoga ou vice versa. Commençons par un survol général de ces deux consœurs, portant chacune des sagesses ancestrales inestimables.
L’ayurvéda, en quelques mots
L’ayurvéda se définit comme étant la science, la sagesse ou encore la connaissance de la vie. Le concept de « l’art de vivre » représente bien ces principes, car parcourir le délicat chemin de la santé est bel et bien un art qui se perfectionne.
Si l’ayurvéda est souvent présenté en tant que système médical, sa portée est toutefois beaucoup plus vaste, et sa philosophie répond à de grands sujets existentiels. En effet, elle propose une explication de la vie, du corps et de l’univers fondé entre autres sur les cinq grands éléments, pancha mahabhuta : la terre, l’eau, le feu, l’air et l’espace.
Ces grands éléments se retrouvent aussi dans les célèbres « trois doshas », incontournables pour s’y retrouver parmi les multiples interactions et influences qui ont un impact sur notre état d’être. Les doshas servent aussi à caractériser les individus, afin de mieux reconnaître les tendances dominantes et personnaliser les soins ayurvédiques.
La sagesse ayurvédique pose un regard profond, dynamique et vivant sur la santé, proposant diverses applications concernant l’alimentation, l’hygiène de vie, les soins thérapeutiques et l’utilisation des plantes et autres substances médicinales. Sa fonction est de préserver la santé, voire améliorer la qualité et l’espérance de vie, aidant au besoin, avec une approche holistique, à soigner l’ensemble de l’être, lorsqu’il est affecté par des malaises et déséquilibres physiques.
L’ayurvéda s’intéresse de près au corps et à la matière, considérant entièrement les aspects subtils de l’existence pour comprendre les situations. Puisque l’harmonie intérieure a un impact direct sur notre système biologique et ses fonctions, on peut retrouver dans le corps le reflet de l’ensemble de notre vie intérieure.
Définition de la santé en ayurvéda
Extrait de la formation « Histoire, philosophie et métaphysique », par Jonathan L. Raymond.
Une personne en santé est qualifiée de svastha en ayurvéda, c’est-à-dire « quelqu’un qui demeure dans son soi ». Ce soi (sva) englobe la totalité de l’individuation de l’être, incluant l’âme individuelle (atma), l’esprit (manas) et le corps (sharira). Un passage du Sushruta samhita, sutrasthana (vol. 1), 15:10, s’est imposé au fil du temps en tant que définition dominante du concept de santé en ayurvéda :
Sama doșa, sama dhātu,
Sama agni, mala kriyaha
Prāsana atma indriyamaha,
Svastya itya bidhyate
Ce passage se traduit ainsi : « La personne en bonne santé est celle dont les doshas, les tissus, l’appétit et l’élimination sont équilibrés, dont l’esprit, le corps et l’âme sont emplis de félicité. »
Le yoga, en résumé
Du point de vue classique, le yoga représente une voie d’éveil et de libération. Il fait partie des six darshanas et présente de nombreuses similitudes avec le système Samkhya, qui le précède. Et qu’est-ce que ce fameux « éveil » poursuivi par les yogis ?
Simplement, il est possible définir « l’éveil » en deux axes soit 1) la possibilité d’accéder à une vérité plus originelle que notre vérité individuelle qui découle de nos sens, nos conditionnements et notre mémoire et 2) la reconnaissance de l’âme en tant qu’entité suprême et éternelle, dissolvant alors notre individualité humaine dans une profonde expérience d’unité.
La majorité des écoles de yoga contemporaines s’entendent pour proclamer les Yoga Sutras de Patanjali comme étant le principal texte représentant les principes fondamentaux du yoga. La définition la plus essentielle du yoga nous est offerte au départ de cet ouvrage, à la strophe 1.2 : « le yoga est la cessation des fluctuations du mental ».
Alors que l’ayurvéda s’intéresse particulièrement au corps, le yoga s’intéresse principalement à la dimension mentale de l’être, assimilée à l’esprit. Celle-ci comprend à la fois la partie de l’intellect qui pense et raisonne, l’intellect profond appelé buddhi et l’égo qui représente nos identifications ainsi que la partie subconsciente de notre mental.
Manas et Chitta, termes sanskrits désignant respectivement l’esprit et la conscience, peuvent par ailleurs être compris comme des concepts plus larges, englobant les conditionnements, les pensées, les facultés cognitives et les émotions. Toute une panoplie de méthodes nous sont présentées afin d’apaiser et maîtriser l’esprit, ce qui passe bien souvent par la discipline, l’étude de soi et des textes spirituels, ainsi que par l’abandon à une force supérieure.
Terminologie de la conscience en sanskrit
Conscience (chitta)
La perception de sa propre existence et de sa propre cognition
Esprit (manas)
L’ensemble des perceptions mentales et émotionnelles transitoires
Intelligence universelle (mahat)
Niveau universel de conscience, représente toute information existante
Âme individuelle (atman)
Parcelle de conscience divine issue de l’âme universelle (brahman)
Veuillez noter que le terme « âme » est utilisé dans cet article sans connotation religieuse, mais plutôt comme traduction de l’atman individuel, cette parcelle divine qui se trouve en chacun de nous.
L’importance de l’âme dans le yoga et l’ayurvéda
Le yoga et l’ayurvéda sont deux disciplines issues d’une culture où la notion d’âme (atman), l’essence divine et immortelle, est considérée comme une clé majeure, tant pour définir la santé que pour la voie de l’éveil spirituel. On nous rappelle parfois dans les textes ayurvédiques que l’âme est la propriétaire de ce corps. Elle serait venue s’incarner avec des objectifs précis, désignés sous le concept de « dharma ».
Un corps en santé est apte à réaliser ses buts profonds, alors pourquoi les êtres humains sont-ils plus ou moins grands, petits, forts ou intelligents ? Pourquoi ne sont-ils pas tous identiques ? Selon des vues philosophiques indiennes, relatives à la métaphysique Samkhya, les manifestations concernant le corps physique sont cohérentes avec les raisons mystérieuses et profondes qui ont poussé l’âme à s’incarner.
Un corps sain et en santé favorise la santé mentale, émotionnelle, sensorielle, ainsi que l’écoute des aspirations de l’âme. De cette manière, l’âme peut jouir d’une expérience humaine riche et vivante, fondée sur la joie et harmonisée avec vers ses buts, son dharma. Autrement dit, se consacrer au « sens dharmique » de notre existence est extrêmement bénéfique pour atteindre un état d’épanouissement et de santé complet.
Du point de vue du yoga, l’esprit est à la fois l’ennemi et l’allié qui permet ou non d’accéder à la réalisation, à l’éveil. En effet, tel que mentionné précédemment, toute notre perception et appréciation de la vie sont basées sur notre mémoire, nos valeurs, nos conditionnements : une même expérience sera vécue différemment par divers individus. Les expériences demeurent les mêmes, mais leur perception et leur compréhension peuvent être totalement différentes.
Un travail sérieux et engagé sur la voie de l’apaisement de l’esprit, des pensées et des émotions, favorise donc la paix et clarté. Au-delà de cette clarté mentale, le pratiquant du yoga aspire à rencontrer sa nature spirituelle véritable, à expérimenter et découvrir la nature de son âme. Cette rencontre est possible grâce à l’existence de notre conscience (chitta), dont le corps physique (sharira) est le véhicule.
Lorsque l’esprit n’est pas calme, ses fluctuations nous empêchent de ressentir notre âme. À l’image d’un lac mouvementé qui s’embrouille, l’esprit agité ne permet pas de voir au fond des choses. Bien sûr, le fond du lac représente ici l’âme éternelle.
En effet, lorsque l’esprit est immobile et silencieux, en « état de yoga », on retrouve un profond sentiment d’unité et une fenêtre peut alors s’ouvrir, afin que l’on expérimente notre nature divine et immortelle. Le yogi recherche ainsi un corps à la fois souple et puissant pour réaliser diverses pratiques, parfois physiquement et mentalement ardues, qui le soutiendront sa démarche spirituelle. Car c’est à l’intérieur du corps, par le biais de l’esprit, que la rencontre avec l’âme devient possible.
Le yoga et l’ayurvéda se favorisent l’un et l’autre
Fondé sur la perspective d’un pratiquant d’ayurvéda, les approches préconisées par le yoga sont d’une grande utilité pour la santé du corps et de l’esprit, par la pratique des postures (asanas), des exercices de respirations (pranayama) et de concentration (dharana) ainsi que par la répétition de mantras (japa) et par la méditation (dhyana).
Le yoga a développé une expertise incroyablement riche concernant les effets des postures et de la respiration sur la santé. Ces connaissances contribuent à l’atteinte des objectifs envisagés par la thérapie ayurvédique, permettant aux individus de s’impliquer et de reprendre leur pouvoir sur son état d’être, s’engageant au quotidien dans une pratique destinée au maintien ou à amélioration de son état de santé.
En ce sens, le yoga s’inscrit naturellement dans les applications pratique de l’ayurvéda, entrant dans ce qui est appelé dinacharya, la routine quotidienne que l’on adopte pour préserver un mode de vie sain. Le yoga propose des moyens aussi accessibles que puissants pour intervenir au niveau du corps, de l’esprit, ainsi que pour apaiser les doshas en déséquilibre.

Asanas pour chacun des doshas
Voici un résumé des différentes manières d’adapter la pratique du yoga en fonction de notre nature et de notre état, selon l’ayurvéda. Au besoin, référez-vous à notre article d’introduction aux trois doshas pour vous familiariser avec ces concepts.
Pour prévenir et apaiser les déséquilibres vata : on favorise les postures au sol, les postures qui développent la force physique, les étirements progressifs, les flexions et les respirations profondes, on maintient les postures assez longtemps, on pratique le yoga avec régularité, idéalement dans une salle bien chauffée.
Pour prévenir et apaiser les déséquilibres pitta : on priorise le yoga restaurateur, les torsions pour détendre la zone des organes digestifs, l’équilibre sur les épaules, les flexions avant et les respirations via narines alternées ou shitali, pour se rafraîchir, on pratique le yoga avec modération et on lâche prise sur les résultats.
Pour prévenir et apaiser les déséquilibres kapha : on préconise les postures du guerrier, les postures debout, les enchaînements vigoureux comme les célèbres salutations au soleil et l’exercice de respiration kapalabhati avec expirations dynamiques, on pratique le yoga avec intensité et discipline, veillant à dépasser quelque peu ses limites.
Fondé sur la perspective d’un pratiquant de yoga, l’ayurvéda soutient sa démarche par l’encadrement de son mode de vie et de son alimentation. On ne peut ignorer les effets majeurs de la nourriture et de l’hygiène de vie sur la santé mentale, émotionnelle et physique. Outre les postures, exercices, respirations et méditations, le yogi pourra donc favoriser l’apaisement de l’esprit grâce à une bonne routine de soins corporels et une alimentation adaptée, composée d’une nourriture vibrante et équilibrée, dite « sattvique ».
Pour ce faire, l’ayurvéda fait appel à des huiles thérapeutiques pour prendre soins des tissus corporels (dhatus), des huiles préparées à base de plantes médicinales, selon les besoins. À ce sujet, diverses plantes et substances médicinales sont proposées pour convenir aux besoins et déséquilibres propres à chaque personne. Une attention particulière est portée au niveau du soutien digestif et du métabolisme (agni) pour mieux assimiler les nutriments, l’essence (rasa) de la nourriture et éviter l’accumulation de toxines (ama).
Soulignons surtout le principale avantage de l’usage des trois doshas en ayurvéda, soit les principes du mouvement (vata) de la transformation (pitta), et de la préservation (kapha) : cet avantage consiste à servir de guide pour adapter les bonnes pratiques en fonction de notre nature véritable, de nos besoins personnels et des circonstances du moment.
L’ayurvéda nous aide à choisir quelles postures, habitudes et vie ou aliments nous conviennent personnellement, au-delà des conseils généraux prodigués à l’ensemble de la population. Ainsi, la connaissance des doshas contribue à développer une compréhension profonde de soi, tout en s’adaptant plus harmonieusement au monde extérieur.
La santé du corps, de l’esprit et de l’âme
En conclusion, la pratique de ces deux « disciplines de vie » nous incite à jouir d’un corps et d’un esprit en santé. Elles cherchent à nous reconnecter avec le sens profond de la vie, fondé sur l’inclusion de l’âme en tant que moteur de l’être physique et spirituel.
Le corps ne peut pas demeurer en santé sans un esprit stable et clair, tant au niveau mental qu’émotionnel. Inversement, comment apaiser l’esprit et nos pensées si l’alimentation, notre mode de vie et l’environnement ne soutiennent pas notre santé physique ?
Ainsi, le yoga et l’ayurvéda, deux approches pluri millénaires, sont à notre disposition afin de soutenir les forces de vies présentes en nous. Elles nous aident à assumer notre rôle d’acteur principal de notre existence et nous incitent à nous engager réellement sur la voie de la santé profonde.

Bonjour, est-ce que vous allez offrir une formation de Yoga et Ayurvéda en ligne. Je suis professeure Yoga Alliance Internationale et experte en hygiène de vie selon l’Ayurvéda. Je suis massothérapeute et j’enseigne le Yoga, mais j’aimerais inclure la partie Ayurvéda dans mes séances. Merci!
Bonjour ! Nous projetons d’abord lancer un module complet sur le sujet, à moyen terme. Possiblement que nos formations actuelles vous permettraient d’approfondir vos outils ayurvédiques, voyez l’onglet « formations » pour plus de détails. Sur la page consacrée à notre « parcours intégral » il y a aussi un lien pour prendre un rd-vs téléphonique de 15 minutes, pour clarifier vos attentes et ce que l’on offre. Merci pour votre intérêt et meilleurs souhaits pour votre carrière dans ces domaines.